M. MARIN (Citia) : «Le secteur de l’animation s’est rapidement réorganisé face à la crise»

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Le Festival International du Film d’animation d’Annecy offre un accès inédit à ses contenus pour l’édition 2020, du 15 au 30 juin. Tous les contenus sont rassemblés sur une plateforme dédiée qui permet de les regarder depuis chez soi. En plus de la programmation officielle, les partenaires du festival proposent une sélection de programmes en avant-première et quelques bonus issus de leurs productions. Tour d’horizon avec Mickaël MARIN, Directeur de CITIA, organisateur du Festival International du Film d’Animation d’Annecy et de son marché.

MEDIA + 

Comment avez-vous optimisé la version en ligne du festival et du MIFA pour la rendre attractive ? 

MICKAËL MARIN 

Tout l’enjeu a été de conserver les fondamentaux des deux manifestations (festival et marché du film). La priorité a été de nous adresser à notre communauté de professionnels. Nous avons imaginé une expérience totalement inédite pour accéder aux contenus en ligne. Le premier objectif a été de savoir sur quels films nous pourrions compter. Lorsque nous sommes entrés en confinement, et suite à l’annonce de l’annulation physique de l’événement, la sélection officielle était faite à 98%. Mais en passant d’une manifestation physique à un événement en ligne, beaucoup de choses ont changé pour les ayants droit. Il a donc fallu renégocier, film par film, pour voir ceux qui se maintenaient. La quasi-totalité de ce que découvriront les festivaliers en ligne, est ce qui aurait été proposé à Annecy. Concernant les avant-premières, les studios ont joué le jeu avec la mise à disposition d’images exclusives. 

MEDIA + 

Les professionnels de l’industrie de l’animation se déplacent à Annecy pour les rencontres. Quelle alternative leur proposez-vous ? 

MICKAËL MARIN 

Cette année, nous sommes dans une dimension de rencontres préenregistrées, tout en conservant une partie «questions-réponses» en live. Le festival sera ponctué de rassemblements entre festivaliers qui vont s’entretenir avec des équipes de films ou des artistes. Cette manifestation «online» doit rester une expérience collective, et pas une simple succession de vidéos que l’on pourrait regarder à la maison ou au bureau. Notons aussi que France Télévisions et le groupe M6 ont maintenu leurs conférences de presse (en ligne). 

MEDIA + 

Et pour le marché du film ? 

MICKAËL MARIN 

Les dispositifs existants ont été conservés : pitchs de projets préenregistrés et moments d’échanges en live. L’offre du Mifa permettra aussi d’échanger, de rencontrer, de négocier et de faire des acquisitions. 

MEDIA + 

Avez-vous envisagé de faire une année blanche ? 

MICKAËL MARIN 

Pas vraiment. En organisant la manifestation en ligne, nous voulons être utiles, valoriser les films et les artistes, et faire en sorte que la presse en parle. Les moments d’échanges sont importants au niveau mondial dans le secteur de l’animation. L’industrie doit continuer sa croissance. Grâce à notre offre, les accrédités pourront visionner l’ensemble de la sélection officielle. Tous les contenus en compétition sont disponibles en ligne : courts métrages (L’officielle, Off-Limits, Perspectives, Jeune public, Fin d’études), longs métrages (L’officielle et Contrechamp), films de télévision et de commande mais aussi les oeuvres VR. 

MEDIA + 

Financièrement, allez-vous vous en sortir ? 

MICKAËL MARIN 

Sur l’équation financière, on y verra plus clair à la mi-juillet. Nous aurons une année déficitaire pour Citia. Suite à l’annulation physique du festival et de son marché, nous avons remboursé l’ensemble de l’argent que nous avions perçu en recette. Fort heureusement, les financements publics ont été maintenus par les collectivités et le CNC. Néanmoins, depuis plusieurs années, nous sommes sur un budget global qui comporte environ 60% de recettes propres. Nous perdons donc énormément de moyens pour assurer le fonctionnement de l’entité, et toutes les activités que l’on réalise dans l’année. Pour rappel, nous fonctionnons avec une équipe de plus de 40 personnes. 

MEDIA + 

Les conséquences de la crise sanitaire sur le secteur de l’animation ont-elle été moins fortes que sur la fiction ? 

MICKAËL MARIN 

Le secteur de l’animation s’est rapidement réorganisé. En 48 heures, des studios ont mis en télétravail des centaines de personnes. L’ensemble des studios ont pu continuer à produire. A court terme, le secteur pourra continuer à fournir les diffuseurs et les plateformes. A moyen terme, avec la baisse de certains investissements, cela devrait provoquer des problématiques. Il faut espérer que la transposition de la directive SMA va permettre, dès son application, d’avoir des financements nouveaux pour le bien de l’industrie. 

MEDIA + 

Quelles sont les nouvelles opportunités dans le secteur de l’animation ? 

MICKAËL MARIN 

L’animation destinée à un public adulte se développe fortement. Cette tendance a été poussée par des films à succès comme «J’ai perdu mon corps». Les plateformes ont besoin de ce type de contenus, ce qui donne une opportunité supplémentaire pour les sociétés de production. On le voit bien sur Netflix avec des séries et des longs métrages qui s’adressent à la famille et aux enfants, mais aussi des contenus destinés aux adultes. 

MEDIA + 

L’ouverture de la Cité du cinéma d’animation à Annecy, prévue en 2023 a-t-elle été repoussée ? 

MICKAËL MARIN 

Je n’espère pas ! Même s’il y a un 2ème tour aux élections municipales à Annecy, j’ose espérer que le projet ne sera pas remis en question, ou trop repoussé. Plus que jamais, nous avons besoin de la culture, et d’avoir des projets forts qui auront des impacts en termes d’éducation, de formation et d’économie. C’est en ayant des projets d’avenir ambitieux que nous pourrons préparer demain.