La transaction de Meta avec la quasi-totalité des Etats américains est plus qu’un avertissement pour les autres réseaux sociaux: TikTok, YouTube et Snap, cités dans l’accord, se retrouvent pressés d’adopter les mêmes limites pour les adolescents. Sur les 17 milliards de dollars que Meta est prêt à payer pour clore les poursuites, 5 milliards sont suspendus au fait que ces «acteurs clés de l’industrie» s’alignent a minima sur les engagements de la maison mère de Facebook et Instagram. De même, des restrictions supplémentaires pour les 13-17 ans (une heure par jour par application) ne s’enclenchent que si ses concurrents suivent. La pression judiciaire est manifeste: «Nous avons bien eu des échanges avec TikTok concernant notre plainte», a déclaré mercredi devant la presse l’un des chefs de file de la coalition d’Etats, le procureur général de Californie, Rob Bonta. «Nous avons aussi été en contact avec d’autres membres de l’industrie, mais je ne veux pas parler du contenu», s’est-il limité à dire. «J’espère que Snapchat, TikTok et YouTube sauront lire les signes et conclure des accords similaires», a commenté la procureure générale d’Hawaï, Anne Lopez. Meta, cible numéro 1 du vaste contentieux contre les réseaux sociaux aux Etats-Unis, réclame désormais que ses concurrents suivent son exemple: ce cadre «ne fonctionnera que si tous nos pairs nous rejoignent», a affirmé son directeur juridique, C.J. Mahoney, en appelant TikTok et YouTube à l’adopter «sans attendre». Pour le groupe, dont la publicité constitue l’essentiel de ses 201 milliards de dollars de revenus en 2025, les pénalités financières sont une préoccupation secondaire. La transaction annoncée mercredi représente environ un mois de chiffre d’affaires, à étaler sur dix ans. Meta a d’ailleurs annoncé qu’il passerait ce trimestre dans ses comptes une charge d’environ 10 milliards, sans émouvoir les marchés, le titre clôturant en hausse de 1%. «Je pense qu’il y aura d’autres règlements dans d’autres affaires, parce que cela crée clairement un précédent», a déclaré Vanitha Swaminathan, professeure de marketing à l’université de Pittsburgh. Côté recettes publicitaires, «je ne pense pas que ce soit une perte». Le temps que les adolescents ne passeront plus sur Instagram ira vraisemblablement à YouTube et TikTok, relève Jasmine Enberg, analyste du secteur et fondatrice du média spécialisé Scalable: retenir une partie du paiement tant que les rivaux n’ont pas payé à leur tour sert, dit-elle, à faire pression sur les législateurs et à amortir le choc pour Meta. L’accord «ne règle, n’arrête ni n’indemnise aucune des milliers de plaintes individuelles déposées par des enfants et des familles», ont réagi les avocats des plaignants d’une procédure de masse coordonnée de Los Angeles, où deux procès individuels contre Meta sont prévus fin octobre. Le règlement pourrait toutefois en appeler d’autres. «Meta fait face à la même vérité désagréable que les fabricants d’amiante: si vous êtes responsable, les procès continueront d’arriver», écrit James Grimmelmann, professeur de droit à l’université Cornell. Le compromis «pourrait même encourager de nouvelles plaintes, parce qu’il signale une vulnérabilité de la part de Meta». Sauf, ajoute-t-il, à obtenir une loi gravant son immunité dans le marbre, «comme celle dont jouissent les fabricants d’armes». «C’est un règlement historique, mais le Congrès doit encore prendre ses responsabilités et réguler les géants de la tech», a réagi le sénateur démocrate Dick Durbin. En attendant, poursuivre les plateformes pour qu’elles se régulent elles-mêmes reste, selon le juriste Vincent Joralemon, un «contournement astucieux» du bouclier constitutionnel de la liberté d’expression, qui rend difficile d’imposer les mêmes limites par la loi. Même des partisans d’une sévère régulation saluent l’accord.


































