N. SONNAC (CSA) : «Le traitement du sport féminin reste incroyablement déséquilibré dans les médias»

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Nathalie SONNAC, Membre du Conseil supérieur del’audiovisuel (CSA)

Lancées à l’initiative de Nathalie SONNAC, Membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), les «4 saisons du sport féminin» ont mis à l’honneur ce week-end la pratique sportive féminine à la TV. En quoi cette opération a-t-elle pu renforcer la médiatisation du sport féminin ? Réponse.

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Quel bilan dressez-vous du lancement de la 2ème édition des «4 saisons du sport féminin» dans les médias ?

Nathalie SONNAC

Nous avons constaté ce week-end un investissement assez remarquable de la part des chaînes de télévision et de radio. Onze retransmissions de compétitions sportives féminines ont eu lieu en direct. Beaucoup de magazines, reportages et portraits aux couleurs du sport féminin ont été proposés. L’opération a vraiment bien fonctionné et nous en sommes satisfaits. En 2012, nous enregistrions seulement 7% de retransmissions sportives féminines dans les médias audiovisuels. En 2016, nous sommes entre 16 et 20%. Il y a encore du travail à faire mais nous sommes sur le bon chemin.

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L’opération les «4 saisons du sport féminin» peut-elle renforcer à moyen terme la médiatisation du sport féminin à la TV ?

Nathalie SONNAC

Intrinsèquement ! C’est la raison pour laquelle cette démarche a été initiée. Cela a donné un nouvel élan à la médiatisation du sport féminin en général. C’est aussi une façon d’encourager la diversité des disciplines qui sont retransmises sur les antennes : football, rugby, mais aussi handball, boxe, judo,…

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Le traitement du sport féminin est-il réellement si déséquilibré ?

Nathalie SONNAC

Incroyablement même ! Il y a 4 ans, nous étions en deçà de 10% de retransmissions sportives féminines alors qu’une personne sur deux dans la rue est une femme. Plus de 70% pratiquent du sport dans l’année. Cela signifie bien qu’il y a une sous-représentation réelle, qualitative et quantitative du sport féminin à la télévision. Fort heureusement, les choses bougent. Nous avons eu un premier signal avec les Jeux Olympiques de Londres en 2012 où il y a eu autant de disciplines sportives pour les femmes que pour les hommes. Le cercle vertueux est en train de s’amorcer même s’il y a encore beaucoup de travail.

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Pourquoi le sport féminin souffre-t-il d’un tel manque de visibilité ?

Nathalie SONNAC

Le déficit de développement du sport féminin est multifactoriel. Il correspond à la faible présence des femmes dans le milieu du sport et au sein des instances dirigeantes de fédérations. 13% seulement sont à la tête de ligues sportives. Cette tendance est aussi liée à l’économie du sport en général. Il s’agit du loisir où il y a encore le plus de discrimination. Les stéréotypes ont la dent dure. Pourtant, parmi les sportifs de haut niveau, 36% sont des femmes. Il ne faut pas contourner la réalité. Les médias ne sont pas les seuls acteurs qui permettront de modifier cette vision trop masculine des sports : cela commence par l’éducation et l’école, où les jeunes filles doivent davantage être incitées à la pratique sportive.

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Quelles recommandations préconisez-vous auprès des chaînes pour accentuer ce mouvement du sport féminin ?

Nathalie SONNAC

En créant «Les 4 saisons du sport féminin», ma volonté n’était pas de se focaliser uniquement sur la médiatisation. C’est la raison pour laquelle j’ai embarqué le Ministère des Sports, le Ministère des Droits des Femmes et le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) dans cette aventure. Je souhaitais qu’il y ait tout au long de l’année des moments où nous puissions aborder la question du sport féminin sous différents angles. Il me semble que nous sommes sur la bonne voie.