P. BUHLER (L’Institut français) : «Avec La Fabrique Cinéma, nous repérons de nouveaux cinéastes et producteurs»

187

L’Institut français, sous la double tutelle du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et du ministère de la Culture, est l’établissement public chargé de l’action culturelle extérieure de la France. Dans le cadre du Festival de Cannes, média+ s’est entretenu avec Pierre BUHLER, Président de L’Institut français.

média+ : Sur l’activité cinéma, quelle est la vocation stratégique de L’Institut français ?  

Pierre BUHLER : Avant toute chose, nous sommes un organisme transversal qui couvre tous les champs artistiques, des industries culturelles à la promotion de la langue française. A l’intérieur de la structure, il y a une direction du cinéma qui illustre une de nos deux grandes orientations en faveur du cinéma dans le monde. Premièrement, la promotion de la cinématographie française. Nous détenons un catalogue de 2.500 films récents ou de patrimoine, pour lequel nous avons le droit de diffusion dans le monde, et notamment à travers des festivals. Le deuxième pilier de notre action concerne la collaboration avec les cinématographies étrangères, particulièrement fragiles pour certaines. A ce titre, nous sommes le partenaire du CNC dans le fonds de l’aide au cinéma du monde, destiné à la coproduction étrangère.

Quel est le rôle de La Fabrique Cinéma dans le cadre du Festival de Cannes ?

La Fabrique Cinéma de l’Institut français est un programme de repérage et de valorisation de cinéastes et producteurs des pays du Sud et émergents, qui propose un accompagnement sur mesure des projets de premiers ou seconds films, en étroite collaboration avec le Festival de Cannes, le Marché du Film et de nombreux partenaires professionnels. Nous sommes clairement un incubateur de talents. Chaque année, suite à un appel d’offre, nous sélectionnons les dix projets les plus prometteurs. Nous accompagnons leurs réalisateurs et producteurs au Festival de Cannes pour les présenter à des professionnels français qui vont pouvoir les aider à développer le projet. Une fois que le film atteint un stade de maturité, le tandem réalisateur-producteur postule pour une deuxième étape, l’aide aux cinémas du monde, cogéré avec le CNC. Depuis des années, les films que nous accompagnons se retrouvent très souvent dans les sélections de grands festivals, comme ceux de Cannes, Toronto ou Berlin. Notre intérêt de susciter la coproduction avec la France ou d’autres pays.

Quel est l’impact de la Fabrique Cinéma dans le secteur ? Quel est le pourcentage de projets qui aboutissent ?

Près de 40% des projets ont abouti à un film produit. 70% des projets présentés à la Fabrique Cinéma signent des accords de production.  Depuis 2009, La Fabrique Cinéma de l’Institut français a sélectionné 101 projets en provenance de 61 pays, dont 23 pays francophones (39% d’Amérique Latine, 24% d’Afrique, 9% du Proche et du Moyen-Orient, 22% d’Asie et 6% d’Europe Orientale). En 2019, 11 films issus de La Fabrique sont en post-production. Ces derniers seront distribués en salles et en festivals dans les prochains mois. Pour preuve, «Mon tissu préféré» de Gaya Jiji, Rafiki de Wanuri Kahiu, Amal de Mohamed Siam, «La Miséricorde de la jungle» de Joel Karakezi, «La vie comme elle vient» de Gustavo Pizzi sont les derniers films issus de projets présentés à La Fabrique Cinéma de l’Institut français.

Quelles sont les autres actions culturelles menée par L’institut français ? Nous soutenons l’exportation de nos industries musicales, du spectacle vivant, des cultures numériques (réalité virtuelle, expérience immersive, médiation numérique). Nous sommes sur des terrains très larges qui relèvent non seulement de la projection de la culture mais aussi de la langue française dans le monde. Nous opérons aussi un croisement entre littérature et cinéma à travers «Shoot the book», un programme qui vise à faire adapter des livres au cinéma ou à la télévision. Il s’agit de rencontres professionnelles entre producteurs étrangers et éditeurs français pour évoquer des projets d’adaptation d’œuvres françaises à l’écran.