Plateformes internet et TV redonnent vie au documentaire

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Male hand using Tv remote control

«Après avoir relevé la qualité des fictions, les télés et les plateformes internet font de même pour le documentaire. Et aujourd’hui, plus de gens que jamais regardent des documentaires intelligents. Car ils ont la possibilité de les voir en ligne». C’est le constat enthousiaste du réalisateur de documentaires américain Morgan Spurlock, connu notamment pour son film «Super Size Me», où il s’était gavé de hamburgers pour dénoncer la malbouffe. Car désormais les plateformes internet comme Netflix, Amazon, Maker Studios, AOL ou Hulu commencent toutes à commander des documentaires ambitieux, a-t-il souligné lors d’une conférence au Marché international du documentaire (MIPDoc) de Cannes.

Morgan Spurlock a ainsi réalisé en 2015 la 1ère série documentaire du groupe AOL, «Connected», où il a confié des caméras à sept New-Yorkais qui se sont filmés au quotidien. Pour Maker Studios, le réseau de chaînes YouTube du groupe Disney, il vient de réaliser plusieurs séries dont «Sexish», de courts portraits de femmes, loin des stéréotypes. «Sans Maker, je n’aurais jamais pu faire ce type d’oeuvre», dit il. «Vous devez vous tourner vers le digital, a-t-il enjoint aux professionnels, ou vous finirez comme le Dodo». Car après une surenchère dans la fiction, les plateformes internet et les télés redécouvrent la réalité, racontée dans des documentaires de plus en plus inventifs, capables de séduire autant de public que la fiction. Et avec des coûts dix fois moindres, de l’ordre de 100.00 à 500.000 dollars pour 52’. L’intérêt pour les documentaires a explosé depuis l’an dernier, d’abord après le succès de «The Jinx», enquête sur le millionnaire Robert Durst diffusée sur la chaîne HBO, puis dernièrement de «Making of a Murderer», sur Netflix, qui suit sur 10 ans un ancien condamné de nouveau arrêté, dont le destin a captivé l’Amérique. Une tendance confirmée par l’Oscar du meilleur film remporté cette année par «Spotlight», qui raconte l’enquête journalistique sur le scandale de la pédophilie dans l’Eglise américaine en 2002. Le géant Amazon, après avoir commandé des séries de fiction pour son service de vidéo sur abonnement, vient également de lancer sa 1ère série documentaire, en partenariat avec le prestigieux magazine «The New Yorker». Le mot série est désormais la norme dans ce secteur. Car «sérialiser» – découper les documentaires en épisodes plus ou moins longs, que l’on peut regarder un par un ou à la suite – correspond aux besoins des plateformes internet, a souligné Joe Lewis, l’un des dirigeants d’Amazon Studios, venu présenter sa nouvelle série au MIPDoc. Baptisée «The New Yorker Presents», elle propose des épisodes d’une demi-heure, inspirés du style du magazine, avec ses codes – des dessins, des lectures… – et ses sujets de prédilection, allant du sérieux au léger, avec un même sens des détails et de l’enquête. «Sur internet, les documentaires peuvent s’affranchir de tous les codes de la télé, qu’il s’agisse de la durée ou de la manière de raconter, parfois au croisement avec la fiction», a souligné Benjamin Hoguet, spécialiste de la narration interactive. «Des documentaires sur internet peuvent faire moins d’audience mais toucher plus efficacement les bonnes personnes». «Le numérique permet aussi des innovations, comme des documentaires interactifs, ou encore en réalité virtuelle, grande tendance du moment, qui permettent au spectateur de se retrouver au coeur du récit, ou encore des écritures proches du jeu vidéo», a commenté Nicolas Bole, journaliste du site spécialisé Le Blog Documentaire. «On a vu apparaître des séries documentaires qui empruntent aux codes de la fiction», a résumé Nathalie Darrigrand, directrice exécutive de France 5, «avec des «cliff hangers» (des moments de suspense) en fin d’épisode, ou des présentations de personnages. C’est frappant».