Procès à Londres d’un Australien qui se revendique à l’origine du bitcoin

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Le procès de Craig Wright, un Australien qui se revendique à l’origine du bitcoin, contre une organisation du secteur qui l’accuse d’imposture, s’est ouvert lundi à Londres sous l’oeil de toute la cryptosphère. Impassible aux côtés de sa défense, l’informaticien et entrepreneur de 53 ans, cheveux bruns, costume rayé tiré au cordeau et forte carrure, s’est contenté d’écouter la présentation préliminaire, menée lundi matin par la partie adverse, représentant une association d’acteurs du secteur. Pianotant parfois sur son portable ou levant occasionnellement les sourcils face aux documents décortiqués sur grand écran, l’homme d’affaires excentrique, qui se définit sur son site internet comme «mathématicien» et «pasteur» entre multiples casquettes, affichait un air détendu. Il sera entendu à partir de mardi durant six jours. Durant près d’un mois et demi, la Haute Cour de justice britannique s’attèlera à déterminer si Craig Wright a oui ou non écrit le «livre blanc», un texte à l’origine du bitcoin publié sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto en octobre 2008. Celui qui a gagné auprès de ses détracteurs le surnom de «Faketoshi» (pour «faux Satoshi») revendique un copyright sur ce document fondateur, ainsi que sur le code de cette cryptomonnaie. «Un grand nombre de personnes du monde entier ont demandé accès à ce procès», a fait remarquer le juge James Mellor en guise introduction, qui note également avoir reçu un email samedi soir d’un individu prétendant également être Satoshi Nakamoto. M. Wright fait aujourd’hui face à la Crypto Open Patent Alliance (Copa), une association qui vise la suppression des brevets sur les technologies liées aux cryptomonnaies, et qui réunit des poids lourds du secteur comme la plateforme d’échanges Coinbase et la société Block, spécialisée dans les paiements numériques et fondée par Jack Dorsey, co-fondateur de Twitter. La Copa avait intenté en avril 2021 une action en Justice pour demander à un juge de déclarer que M. Wright n’est pas à l’origine du texte fondateur du bitcoin, et mettre ainsi un terme à ses revendications de droits de propriété intellectuelle. L’organisation accuse Craig Wright de mentir sur son identité, et d’avoir forgé et manipulé des documents qu’il a présentés pour prouver ses dires. «Sur une période de près de dix ans, (M. Wright) a été fortement incité à prouver qu’il était Satoshi Nakamoto, mais a toujours échoué», a déclaré Jonathan Hough KC, un des avocats représentant Copa. Dans les documents fournis par M. Wright, il note que le logiciel utilisé ne correspond pas à celui ayant permis de rédiger le «livre blanc» originel, selon les experts des deux parties, et que figurent des traces d’utilisation de l’intelligence artificielle conversationnelle ChatGPT. L’avocat représentant Copa a également émis des doutes sur le caractère fortuit de la découverte en fin d’année dernière d’un disque dur contenant des preuves supplémentaires. L’issue de cette affaire déterminera celle d’une autre, opposant M. Wright à 26 développeurs, des individus aussi bien que des sociétés comme la plateforme Coinbase, qu’il accuse d’avoir enfreint ses droits de propriété intellectuelle. Dans une affaire distincte, une société appartenant à M. Wright, Tulip Trading, basée aux Seychelles, a intenté une action en justice contre la Bitcoin Association et plusieurs développeurs, leur intimant de lui fournir l’accès des milliards de dollars en bitcoins qu’il assure posséder. La défense de M. Wright doit présenter ses arguments plus tard dans l’après-midi lundi. Aujourd’hui la plus importante cryptomonnaie par la capitalisation, le bitcoin a introduit le principe de la blockchain – sorte de grand registre décentralisé sur lequel sont enregistrées l’ensemble des transactions en cryptomonnaies – et popularisé les devises numériques.