Rentrée : l’interdiction du téléphone dans les lycées entre en vigueur, entre adhésion et réticences

Rentrée : l’interdiction du téléphone dans les lycées entre en vigueur, entre adhésion et réticences

Regroupés dans la cour, les élèves de première du lycée Maurice Ravel à Paris écoutent, en ce mardi de reprise scolaire, leur proviseure rappeler la nouveauté de la rentrée: l’interdiction du téléphone y compris dans les couloirs et à la cantine. Cela n’empêchera pas de premiers rappels à l’ordre, quelques minutes plus tard à peine. «L’objectif, c’est de vous décentrer de vos téléphones (…) qui sont parfois le prolongement de votre main», expose Julie Bouvry, la cheffe de cet établissement du 20e arrondissement, qui regroupe 1.700 élèves au total, au collège et au lycée. «On ne souhaite pas que ce soit un sujet de tensions», et «on espère retrouver ce temps d’échanges communs», poursuit-elle, tout en reconnaissant que «se sevrer peut être compliqué» et «difficile». Devant elle, quelques dizaines d’élèves l’écoutent. Et surtout, la regardent. Les téléphones sont rangés dans les sacs. Ou dépassent de la poche arrière du jean. La direction a choisi d’anticiper la nouvelle loi, promulguée seulement fin août par Emmanuel Macron qui visitait lui-même un lycée mardi en Lozère pour discuter de l’interdiction des portables avec des élèves, et a fait modifier en fin d’année scolaire le règlement intérieur. Le texte interdisait déjà l’utilisation du téléphone en classe, sauf sur demande pédagogique des enseignants. Désormais, les élèves et étudiants, de la seconde au BTS (bac+2), ne pourront plus, en théorie, le sortir dans les couloirs, la cour principale et la cantine. Ils devront aller au foyer ou dans une cour secondaire pour le consulter. «Je suis contre à 100%», lâche Idrissa, qui entre en première générale, assis sur un banc en attendant de récupérer ses manuels scolaires. Machinalement, il le sort de sa poche et regarde ses messages. «J’ai pas fait exprès !» assure-t-il alors que la proviseure l’interpelle. D’autres élèves, qui ont terminé leur prérentrée, descendent dans la cour et se dirigent vers la sortie. «Oh monsieur ! Mesdames! qu’est-ce que vous avez à la main ?», leur lance la cheffe d’établissement. L’établissement compte une quinzaine d’AED, des surveillants. «Il faut que tout le monde soit impliqué», estime Océanne Thouret, l’une des quatre CPE, qui souhaite d’abord «sensibiliser» les élèves à cette nouvelle règle mais s’attend à des tensions avec certains. Le lycée a acheté une centaine de pochettes pour éviter les confiscations: les enseignants pourront prendre le téléphone, le glisser dans la pochette et la rendre à l’élève, qui sera obligé de passer au bureau de la vie scolaire pour la faire déverrouiller et reprendre son smartphone. Selon Mme Thouret, cette interdiction était aussi «réclamée» par certains parents, «qui essaient d’interdire le téléphone chez eux et ne comprenaient pas que ce soit autorisé» à l’école. Pauline, 16 ans, y est, elle, très opposée. «Ça nous infantilise de fou», s’agace-t-elle. «Ça ne sert à rien, au collège (où l’interdiction dans les espaces communs était déjà la règle), on allait aux toilettes on le regardait en cachette», renchérit Magda. Côté professeur, Romain Labrousse confie un «certain soulagement» avec l’élargissement de l’interdiction dans l’enceinte du lycée. Pour éviter que les élèves ne sortent leur téléphone pour consulter l’application de l’Education nationale où sont indiqués les changements d’emplois du temps, il va «anticiper les changements». «J’espère le retour en grâce de l’agenda papier», glisse-t-il. Assis à une table, Elaïa, 16 ans, qui utilisait l’an passé son téléphone pour réussir à retrouver ses amies d’autres classes à l’intercours, discute avec l’une d’entre elles. Elle est plutôt favorable à l’interdiction. Mais faute de montre au poignet, elle finit par sortir de son sac son téléphone… pour regarder l’heure.

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