S. BAGHERY (Prime Video) : «On essaie de trouver des contenus qui attirent les plus jeunes, notamment les 15-24 ans»

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Précédemment responsable principale de la stratégie de programmation d’Amazon Studios, filiale de production de la plateforme SVOD, Sahar BAGHERY a été promue Directrice des acquisitions de Prime Video en France. L’occasion de nous entretenir à la fois sur sa stratégie d’acquisition mais aussi sur les différentes actualités parmi lesquelles la nouvelle série française «Darknet-sur-Mer», disponible depuis le 7 octobre. 

MEDIA + Quelle est votre mission au sein de Prime Video France ?

Sahar BAGHERY Au sein de notre équipe Acquisition, nous couvrons les contenus de Prime Video sur la plateforme en France. Cela concerne des milliers de titres «non exclusifs» en catalogue ou en deuxième fenêtre (films, séries, documentaires, animations). C’est pour ces contenus que nos abonnés nous restent fidèles. Il est très important de leur offrir des titres locaux mais aussi internationaux. Ce sont des contenus orientés à la fois sur le thriller, le crime, la science-fiction, le paranormal et la comédie. Nous gérons aussi tous les titres «exclusifs», c’est-à-dire le pendant des productions originales gérées à 100% par Amazon Studios. En termes de business, ça élargit le champ des possibles à la fois avec les diffuseurs et les producteurs. Notre logique est de tester différents modèles et de rester flexibles. Techniquement, ce sont des acquisitions car c’est du pré-achat ou de la coproduction.

MEDIA + A quel stade vous positionnez-vous sur les projets ?

Sahar BAGHERY On se positionne généralement sur des films ou des séries quand le script est déjà bien abouti. Nous avons quelques points d’attention édioriaux qui nous semblent primordiaux, et préférons également choisir ensemble les talents. On en discute avec le producteur au moment voulu. C’est un modèle assez différent d’un pur Original.

MEDIA + Quelles sont vos ambitions pour les films diffusés directement sur Prime Video ?

Sahar BAGHERY On a commencé à faire du «direct-toservice» au moment du Covid. Ça a été le cas avec «Forte», «Je te veux moi non plus» et «Connectés». Nous voulons proposer 3 à 4 films «direct-toplateform» par an. En 2023, nous proposerons «BDE» (Bureau des Étudiants), une comédie familiale et déjantée de Mickael Youn. Le film raconte l’histoire de quatre amis qui se sont rencontrés dans les années 2000 lorsqu’ils étaient à la présidence d’un BDE. À l’époque, ils étaient les rois de la fête et des excès. Vingt ans plus tard, ils se sont assagis et mènent des vies bien rangées. Sauf… Une fois par an.

MEDIA + Quels sont les critères déterminants pour vous intéresser ?

Sahar BAGHERY Avant tout, des histoires fortes. Les talents (auteurs, réalisation, cast) ainsi que nos partenaires producteurs sont également déterminants. On essaie de trouver des contenus qui attirent les plus jeunes, notamment les 15-24 ans. Il y a une vraie tendance pour le «light entertainment». On aime aussi travailler avec des talents établis et d’autres qui le sont moins, devant et derrière la caméra.

MEDIA + Quelle est la particularité de «Darknet-sur-Mer», votre nouvelle série française ?

Sahar BAGHERY Il s’agit de notre première série sur un modèle de coproduction. Prime Video a investi dans cette fiction de 6X26’ (en ligne depuis le 7 octobre, ndlr). Coproduite par White Lion Films (Mediawan), et récompensée par le Prix du Jeune Public au Festival de la fiction de La Rochelle, «Darknet-sur- Mer» raconte une arnaque montée par deux hackers amateurs résidant dans le petit port de pêche. C’est une sorte de «Fargo» à la française avec un twist un peu geek dans l’univers du darknet où les héros proposent les services de tueurs à gages. Mais un malfrat albanais cherche à sous-traiter l’assassinat d’un chef de gang et s’apprête à devenir leur premier pigeon. Ce qui nous a plu dans ce projet, c’est la tonalité de l’humour, à la fois «awkward» et noir/ironique, les personnages de «likeable losers», les situations complètement loufoques, et les mondes qui s’entrechoquent de manière complètement improbables. Tout cela fait vraiment l’originalité de la série.

MEDIA + Trouver l’équilibre entre des contenus locaux et internationaux, c’est un enjeu !

Sahar BAGHERY Oui, c’est important en France mais aussi en Europe. Nous avons créé des structures avec des équipes dédiées dans chaque pays. Prime Video, c’est aussi plus de 70 personnes dans l’Hexagone. Avec notre casquette de plateforme américaine, nous bénéficions aussi de titres puissants comme «Le Seigneur des Anneaux: Les Anneaux de Pouvoir». Il est important d’avoir une vue d’ensemble de notre portefeuille de titres.

MEDIA + Vos productions françaises sont-elles automatiquement disponibles à l’international ?

Sahar BAGHERY Cela dépend ! Aux acquisitions, nous négocions des droits (territoires francophones, Bénélux, droits monde). Aujourd’hui, nous souhaitons collaborer avec d’autres diffuseurs sur des projets d’envergure. En ce sens, «Coeurs Noirs» (Mandarin Télévision) s’impose comme une série d’action-suspens que l’on va diffuser en exclusivité sur Prime Video en 2023 en France mais aussi en Belgique, Suisse et Luxembourg, et qui arrivera neuf mois plus tard sur France Télévisions. L’histoire de la série nous plonge en Irak avec les forces spéciales françaises en pleine guerre contre Daesh. Quant à «BDE», la comédie connaîtra une diffusion mondiale, traduite et sous-titrée.

MEDIA + Êtes-vous dans une logique de volume ?

Sahar BAGHERY Plutôt dans une logique de qualité. En revanche, nous avons des objectifs d’investissements au niveau européen et en France avec des contenus locaux qui parlent à nos abonnés. Plus on avance, mieux on connaît leurs attentes.