Telecom Italia éconduit son prétendant KKR

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Plus de 4 mois après avoir reçu une proposition de rachat de KKR, Telecom Italia a fini par trancher: le fonds américain n’aura pas accès à ses comptes en vue d’une éventuelle offre publique d’achat (OPA). Les administrateurs de TIM, réunis jeudi, ont «décidé à l’unanimité de ne pas considérer comme approprié, à ce stade, de donner suite à la demande de «due diligence»» soumise par KKR en novembre, indique un communiqué du groupe. Le fonds s’était à l’époque déclaré prêt à débourser 10,8 milliards d’euros pour l’acquisition de la totalité de TIM, soit 0,505 euro l’action, un prix nettement supérieur au cours de Bourse. Mais l’offre avait été jugée trop basse par le géant des médias français Vivendi, principal actionnaire de Telecom Italia, qui était entré à son capital en 2015 à un prix moyen d’achat de 1,071 euro l’action. Si Telecom Italia avait bel et bien accepté à la mi-mars d’entamer des «discussions formelles» avec le fonds d’investissement, ces négociations ont rapidement tourné au dialogue de sourds. L’opérateur historique a indiqué vouloir accorder seulement une «due diligence de nature purement confirmatoire», ce qui signifie qu’elle devrait être précédée d’une offre formelle. Mais KKR demandait le contraire: pour lui, il n’était pas question de lancer la moindre OPA sans pouvoir éplucher les comptes de Telecom Italia, qui se sont nettement dégradés depuis sa manifestation d’intérêt. Telecom Italia a ainsi essuyé en 2021 une perte nette abyssale de 8,65 milliards d’euros, en raison d’importantes dépréciations d’actifs, une annonce qui avait fait plonger début mars le titre à la Bourse de Milan. En même temps que les comptes, le nouveau PDG du groupe, Pietro Labriola, avait proposé un plan stratégique perçu par les marchés comme une solution alternative à l’offre de KKR, à savoir une scission entre le réseau de téléphonie fixe et les activités de services. Dans une lettre, TIM avait donné au fonds américain jusqu’à lundi soir pour détailler les conditions et le prix de sa proposition non contraignante communiquée en novembre. Dans sa réponse, KKR avait réitéré sa demande d’avoir accès à ses comptes, sans pour autant confirmer le montant d’une éventuelle OPA. Le titre Telecom Italia a clôturé jeudi en hausse de 2,16% à 0,312 euro sur la place de Milan, soit une capitalisation boursière de 6,3 milliards d’euros. Le groupe italien n’a pas totalement fermé la porte à KKR: si le fonds «décide de soumettre une offre concrète, complète et attractive» incluant une indication du prix, le conseil d’administration de TIM «sera en mesure de reconsidérer sa décision», assure-t-il. En attendant, l’opérateur devra donner une réponse à un autre prétendant, le fonds d’investissement CVC Capital Partners, qui souhaite acquérir une part minoritaire dans la future société de services issue d’une éventuelle scission du groupe. Cette offre est jugée «amicale» par Telecom Italia, d’autant qu’elle concerne une part minoritaire, la gestion et le contrôle continuant à être assurés par TIM, a expliqué une source proche du dossier. Selon la presse italienne, CVC a estimé à environ six milliards d’euros la valeur d’entreprise des activités auxquelles il s’intéresse, alors que des analystes l’ont évaluée jusqu’à 10,5 milliards d’euros.Parallèlement, TIM a annoncé samedi avoir signé avec la Caisse des dépôts italienne (CDP) un accord visant à entamer des négociations concernant une fusion de son réseau avec celui d’Open Fiber, dans lequel la banque publique détient une part de 60%. Ce projet avait été relancé en mars par le plan stratégique de M. Labriola, qui vise à mieux valoriser chacune des futures entités nées d’une scission, sans renoncer à l’autonomie du groupe. Les études de faisabilité et l’élaboration des détails de ce projet devraient voir le jour «d’ici l’été», a assuré le PDG dans un message adressé aux actionnaires, réunis jeudi en AG.