Trois questions à… Edouard Pellet, délégué à l’intégration et à la diversité à France Télévisions

    445

    Edouard Pellet est «français de souche algérienne». «L’identité française» de Fernand Braudel traîne sur son bureau. Hier matin, il organisait un colloque à France Télévisions sur le thème de l’intégration et de la diversité dans les documentaires. Nous revenons avec lui sur le rôle de la délégation à l’intégration et à la diversité.

    média+ : Qu’est-ce que cette délégation à l’intégration et à la diversité ?

    Edouard Pellet : Tout commence par un rapport, à l’initiative de Marc Tessier, visant à savoir si France Télévisions était en retard par rapport au reste de l’Europe. Les médias sont un concentré de tous les problèmes de refus de l’autre de la société française : corporatisme, népotisme… J’ai donc proposé un plan quinquennal sur l’action positive pour l’intégration, le PAPI. La délégation a été mise en œuvre le 24 janvier 2004. Je ne rends pas de comptes et ne ressors que de la responsabilité du président. Et j’interviens sur tout le monde. On est en train de faire le boulot pour toute la société française. La télévision est ouverte 5h30 par jour et par ménage. Si ce n’est pas un levier possible de citoyenneté, je veux bien me pendre par les pieds ! Il y a une logorrhée autour du principe d’égalité qui a institué une discrimination négative latente. Quand il s’agit des femmes des sourds, des quinquas, des moins de 26 ans, sans arrêt on rompt ce principe. Le seul domaine dans lequel on ne touche rien, c’est celui de la multiplicité ethnique et raciale. On traîne le poids des fichiers de l’Etat de Vichy sur les origines et les thèses racialistes selon lesquels la France et l’Occident ont apporté la Lumière au Monde.

    média+ : Votre action a-t-elle eu des conséquences à l’antenne ?

    Edouard Pellet : La forme, l’apparence, et même la représentation humaine sont importantes. Laurent Ruquier montre l’exemple. Il a très bien joué le jeu, de façon très efficace et sans trop en parler, à l’inverse de ce qui se passe de l’autre côté (NDLR : TF1). On fait bien de ne pas communiquer pour éviter les querelles gauloises. C’est ce qui s’est passé avec la discrimination positive. Mais la manière dont on approche la réalité l’est tout autant. Il existe plusieurs regards. Ils doivent être pris en compte. Pour cela, il faut impliquer les gens. On a donc mis en place une cellule pour chaque chaîne et, à sa tête, le directeur adjoint des programmes en général. Ils doivent rendre des comptes tous les 2 mois et demi. Je les synthétise pour le président en montrant ce qui se passe dans les jeux, dans les divertissements. Patrick de Carolis a d’ailleurs demandé aux jeux qu’on voit le même public que sur boulevard des Batignolles ou sur le Vieux Port à Marseille. Moi- même j’ai fait des tests. Je suis allé voir les casteurs. Je me suis entendu dire que le diffuseur n’allait pas m’accepter … On rétablit de l’égalité. Le temps est venu. La télévision de service publique a le devoir impérieux de le faire. Nous n’avons pas la contingence commerciale.

    média+ : Quelles sont les autres actions de la délégation au sein de l’entreprise ?

    Edouard Pellet : Pour les ressources humaines, il existe une cellule pour chaque chaîne avec un représentant journaliste et un représentant du personnel technique et administratif. Nous travaillons sur la promotion interne. Audrey Pulvar remplace Lionel Laforge. Les exemples sont nombreux sur France 3 région. À terme, nous pourrions signer un accord avec les syndicats. On fait aussi des forums de citoyenneté médias. Tous les quinze jours, on envoie Marie Drucker, David Poujadas et des journalistes de toutes les rédactions pour aller dans des lycées de ZEP comme à Pierrefittes la semaine dernière. Ça oblige les journalistes à regarder la réalité qu’ils ne voient pas forcément. En même temps, on montre à ces téléspectateurs la difficulté de faire ce métier. C’est un travail de fond. Mais on ne communique pas. On met en place des formations auprès du personnel pour les habituer à la diversité.