Trois questions à…Yvan Guyot, responsable éditorial de Canal+ Cinéma A

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    Canal+ Cinéma a convié hier toute la presse pour présenter les nouveaux ambassadeurs de la chaîne, autrement dit, des animateurs issus du milieu du cinéma : outre Dominique Besnehard et Frédéric Beigbeder déjà présents sur la grille, Sami Bouajila et Aïssa Maïga présenteront deux nouvelles émissions. «Cinéma du monde» et «Cinéma extrême». Yvan Guyot nous explique la ligne éditoriale.

    média+ : Pourriez-vous expliquer la ligne éditoriale de Canal+ Cinéma?

    Yves Guyot : Les abonnés analogiques curieux de cinéma sont de plus en plus mécontents s’ils n’ont que la chaîne premium. Elle est devenue généraliste. Canal+ Cinéma diffuse un film chaque soir et couvre tout le spectre du cinéma sorti en salle. Deux tiers de films sont aussi sur Canal+ premium. Mais un tiers des œuvres est achetée spécifiquement pour Canal+ cinéma. Il y a des études internes qui démontrent la satisfaction de nos «motivés de cinéma». Dès lors qu’on affirme que Canal+ cinéma est une chaîne 100% cinéma, notre logique est de se débarrasser des animateurs et des réflexes d’animateurs télé. On veut s’éloigner de la télévision. Les chaînes hertziennes se désengagent du cinéma. C’est une réelle opportunité. On ouvre des domaines non revendiqués par la télévision. Cette offre est complémentaire de la chaîne premium : quand celle-ci passe le dimanche soir un film familial, nous en diffusons un autre qui sort des sentiers battus.

    média+ : Vous parlez d’ «éditorialiser» la chaîne. Qu’est-ce que ça signifie ?

    Yves Guyot : C’est faire une vraie proposition de cinéma. Nous donnons la parole à des critiques dans «le cercle». Frédéric Beigbeder s’essaye à un nouveau genre d’émission débat qui n’est plus simplement cinéphile mais ouvert à la société civile. Nous avons aussi aménagé des espaces de dialogue et de rencontre : Dominique Besnehard reçoit, le dernier dimanche de chaque mois, le réalisateur d’un premier film. On parle d’un cinéma vivant, en train de se faire. Cette éditorialisation progresse car nous avons plus d’ambassadeurs comme Sami Bouajila, qui présente deux fois par mois «Cinéma du monde», une émission sur le cinéma étranger ou Aïssa Maïga qui présente, «cinéma extrême». Ce dernier rendez-vous sera diffusé le premier samedi de chaque mois à 23h00 car les films programmés sont «bruts de fonderie». On aime ou on déteste, mais ça ne laisse pas tiède. En plus, des documentaires sur le cinéma sont produits spécialement pour la chaîne. On essaye d’y montrer les tendances du moment ; comme, par exemple, le passage à la réalisation de nombreux acteurs. En l’occurrence, il s’agit d’un 56′ prévu pour le mois d’avril. D’autres aborderont la vitalité de certains cinémas à l’étranger : en Corée, en Argentine ou en Chine. Des week-ends spéciaux seront programmés.

    média+ : Depuis quand cette « éditorialisation » existe-t-elle ?

    Yves Guyot : La chaîne a une programmation particulière depuis mars 2006. Elle est éditorialisée depuis la rentrée 2006. Je suis sur ce poste depuis le début. Avant je travaillais pour Cinécinéma sur les films de catalogues, je travaillais déjà avec Evi Fullenbach, directrice du cinéma de Canal+, dans le service des acquisitions de Canal+. Elle est allée chercher des cinéphiles polyvalents en matière de curiosités. On accuse la télévision de tuer l’originalité du cinéma. C’est une industrie de prototypes. Des films qu’on attendait pas. Toutes les séances servent à mettre en valeur un prototype. Il y a effectivement beaucoup de films, mais nous disons que certains méritent une certaine attention pour telle et telle raison. Il y a ainsi des films fragiles, comme le film d’animation «U, la petite licorne» qui n’a pas eu le même succès que «Azur et Asmar».