Une directrice de casting qui revendique sa «liberté»

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    Laurence Lustyk est directrice de casting depuis vingt ans: son métier consiste à lire un scénario et à choisir les acteurs pour un réalisateur. Elle revendique aujourd’hui une plus grande liberté pour laisser leur chance à de nouveaux talents. Présente au festival de la fiction TV de La Rochelle pour un film de France 3 en compétition, «Les cerfs-volants» réalisé par Jérôme Cornuau, la jeune femme dont le nom a été au générique de quelque 130 productions considère que «le métier a beaucoup changé ces dernières années». «Il est difficile de proposer pour des rôles des noms inconnus du public. Nous avons toujours eu besoin de présenter des têtes d’affiche, mais les chaînes s’impliquent maintenant de plus en plus dans les choix. Tout est quadrillé par elles», explique-t-elle. Résultat, fictions et séries s’échangent fréquemment les mêmes comédiens. Quand on ne fait pas travailler tel ou tel acteur parce qu’il est fils ou petit-fils de… «On mise sur des noms au détriment de la qualité et c’est ce qui vraiment me gêne. Dans certaines séries, on fait jouer de pseudo-acteurs, qui sont peut-être photogéniques, mais auxquels il manque la technique, qui ont une voix blanche et parlent faux», déplore-t-elle. «Les réalisateurs, très souvent, ont abdiqué devant les chaînes, ils craignent de ne pas travailler et sont frileux à imposer des têtes nouvelles et de vrais bons comédiens», dit-elle. Elle se souvient avoir réussi à imposer en 1993 pour un docu-fiction un certain Vincent Cassel, jugeant que «ce garçon avait de l’avenir»… Laurence Lustyk affirme son admiration pour les gens de théâtre, «les aristocrates de la profession», qui la plupart du temps «n’ont pas accès à l’image». «Même au théâtre, on choisit maintenant des animateurs de télé ou des chanteurs, parce qu’ils ont un nom et qu’ils font venir le public», constate-t-elle. En revanche, la frontière entre cinéma et télévision n’est plus fermée et nombre d’acteurs renommés ne rechignent plus aujoud’hui à tourner pour le petit écran. Stimulés aussi certainement par un réalisme financier face à la diminution des offres au cinéma. Pour Laurence Lustyk, donner un nouveau souffle aux fictions devrait passer également «par l’élargissement du choix des auteurs afin de travailler avec des gens qui ont des choses à dire et soigner d’avantage les dialogues». «On a souvent l’impression que la langue française se limite à peu de mots», ajoute-t-elle. La jeune femme qui compare son métier à «un puzzle» vient de participer au tournage d’une fiction, «Il faut sauver Saïd» réalisée par Didier Grousset sur la banlieue, qui sera diffusée par France 3. Elle dit son plaisir «d’avoir travaillé en osmose avec le réalisateur pour montrer une banlieue où les gens peuvent aussi être élégants et beaux, bien loin des clichés habituels et des caricatures de beurs».