Comment faire grandir la seule chaîne gratuite de sport sans davantage dépendre des droits? Nouveau directeur général du pôle TV du groupe L’Équipe, Vincent Broussard détaille sa stratégie : rester très grand public, installer des visages récurrents et accélérer dans le numérique.
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Votre fonction dépasse-t-elle la seule chaîne L’Équipe ?
VINCENT BROUSSARD
Oui. Le pôle TV regroupe la chaîne, les chaînes digitales et l’application, notamment sur les téléviseurs connectés. Avec 21 Production, nous fabriquons aussi des contenus pour DAZN ou France 24. Mon rôle dépasse donc largement la seule antenne TNT.
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Quelle identité souhaitez-vous donner à la chaîne L’Équipe face aux autres chaînes de la TNT ?
VINCENT BROUSSARD
Notre positionnement est unique : nous sommes la seule chaîne gratuite de sport. Face aux offres payantes, souvent plus pointues, nous devons rester très grand public et embarquer ceux qui aiment le sport sans être des spécialistes. Notre journaliste Messaoud Benterki le fait très bien avec le biathlon : il sait rendre accessible une discipline moins connue. Notre valeur tient à ce ton, à cette proximité et à notre expertise. Sans disposer des droits de la Coupe du monde de football, jusqu’à 600 000 personnes nous rejoignaient à la mi-temps pour nos débriefs. Le public vient chercher une manière particulière de parler du sport.
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La chaîne L’Équipe est désormais distribuée sur TF1+ et vous lancez ensemble «Téléfoot, L’After». TF1 est-il en train de devenir un partenaire stratégique du groupe L’Équipe ?
VINCENT BROUSSARD
La distribution sur TF1+ a constitué le premier volet de cette collaboration. «Téléfoot, L’After» est une deuxième opportunité, cette fois éditoriale, qui a du sens pour les deux groupes. TF1 et L’Équipe partagent une culture populaire et la même volonté de s’adresser à toute la France, sans logique de chapelle. Le travail entre nos équipes est très agréable et fluide, mais il faut désormais que l’émission trouve son public. Cette bonne entente pourra peut-être ouvrir la voie à d’autres projets. Pour l’instant, toutefois, rien n’est engagé en ce sens.
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Avez-vous fortement réduit le nombre de chroniqueurs cette saison?
VINCENT BROUSSARD
Il n’y en aura pas moins, mais les équipes seront resserrées et les visages plus récurrents. Un talk-show a besoin d’une bande. Quand une personnalité apparaît à 15 heures puis à 23 heures avant de disparaître trois semaines, le téléspectateur peine à s’attacher. C’était l’un des défauts de l’antenne. Avec Maël Seror, directeur de la rédaction, nous avons voulu installer des personnalités identifiables. Nos études qualitatives demandaient, par exemple, pourquoi Yoann Riou n’était présent que ponctuellement. C’est un visage très populaire : il sera désormais dans «L’Équipe de Greg» du lundi au vendredi. La même logique vaut pour Giovanni Castaldi ou Alicia Dauby. Nous voulons créer un véritable esprit de bande autour de nos trois rendez-vous quotidiens.
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Une chaîne de sport gratuite peut-elle grandir sans dépendre des droits?
VINCENT BROUSSARD
Le volume demeure stable. Notre convention nous impose notamment au moins 35 disciplines par an et contribue à l’équilibre de la grille. La chaîne repose sur trois familles complémentaires : les droits, les talks et les programmes de stock. Aucune ne doit prendre le pas sur les autres. Nous combinons des rendez-vous installés (24 Heures du Mans, biathlon, Dakar, athlétisme ou basket) et des disciplines émergentes, comme les fléchettes, capables d’attirer un public plus jeune. Détenir un droit ne garantit pas une forte audience : il faut encore savoir l’éditorialiser, l’expliquer et accompagner une discipline dans le temps. Le travail mené autour du biathlon illustre ce savoir-faire.
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Jusqu’où pouvez-vous pousser le divertissement sans diluer l’ADN sportif ?
VINCENT BROUSSARD
Je préfère parler de programmes de stock. Nous restons une chaîne de flux, avec au minimum sept à huit heures de direct par jour, quand la majorité des chaînes diffusent surtout du stock. Nous occupons une position intermédiaire entre les généralistes et les chaînes d’information en continu. Enrichir l’offre avec des documentaires ou des formats dont l’écriture est plus proche de celle des plateformes complète donc le direct sans remettre en cause notre ADN. Nous allons notamment renforcer l’automobile, univers où L’Équipe possède une légitimité historique, avec de nouveaux formats, la codiffusion d’«Automoto» après sa diffusion sur TF1 et des contenus autour des 24 Heures du Mans. Notre convention limite d’ailleurs à deux par semaine les soirées consacrées aux œuvres audiovisuelles.
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Dans trois ans, à quoi ressemblera un pôle TV ayant réussi sa transformation ?
VINCENT BROUSSARD
Je vois moins une chaîne isolée qu’un bouquet : une antenne TNT forte, des chaînes live et FAST développées, une application arrivée à maturité avec des contenus spécifiques et complémentaires, ainsi qu’une activité de production sportive élargie. Nous travaillons déjà avec Prime Video, DAZN, le service public ou France 24; l’objectif est d’étendre ce portefeuille. Notre légitimité dans le sport est réelle. L’application concentrera une grande partie de nos efforts au cours des prochains mois.



































