Visa pour l’image : le photojournalisme face à l’IA

Visa pour l’image : le photojournalisme face à l’IA

La montée en puissance de l’IA générative interroge les professionnels du photojournalisme qui, inquiets que des images créées de toutes pièces puissent induire en erreur, ont appelé à une meilleure traçabilité de ces fausses photos, lors du festival international de photojournalisme Visa pour l’image, à Perpignan.

«Nous voulons un écosystème où le GenAI (l’IA générative, ndlr) est un no-go absolu. Nous ne voulons pas de ces images», a martelé lundi lors d’une table ronde Philippe François, rédacteur en chef photo et vidéo de l’agence de presse belge Belga et vice-président du CEPIC (Center of the picture industry). «Moi, ma hantise, c’est d’être le chef photo qui publie par mégarde un sujet IA sans le savoir», a pour sa part confié Valerio Vincenzo, chef du service photo de GEO France. Une crainte qui a parfois conduit à suspendre la publication d’un reportage comprenant des photos jugées fabriquées. Pourtant, après vérification des fichiers RAW (brut), le format qui comprend toutes les données enregistrées par l’appareil photo lors de la prise de vue, «la photo était bonne», a-t-il raconté. Parmi les solutions évoquées lors de cette table ronde, la création d’un écosystème fermé où seuls les photographes professionnels identifiés pourraient apporter leurs clichés, l’apposition sur les photos générées par IA de marques invisibles, ou encore l’établissement de normes technologiques, comme le standard C2PA. Ce standard, sorte de certificat numérique qui intègre dès la création d’une image des métadonnées dont les éventuelles modifications sont censées pouvoir être détectées, porte le nom d’une alliance, la Coalition pour la provenance et l’authenticité des contenus. Fondée dès 2021 par Microsoft, Adobe et d’autres acteurs majeurs de la tech, la C2PA visait à développer des normes et des solutions technologiques pour vérifier l’authenticité des contenus en ligne, afin de lutter contre la désinformation.

Mais pour Thierry Meneau, chef du service photo du quotidien économique Les Echos, la vérification humaine a également toute sa place face à cette menace. «Je crois beaucoup à l’humain», a-t-il confié. «L’iconographe voit des millions d’images, il n’est pas sur le terrain, certes, mais il a la culture de l’image.» Evoquant les progrès de l’IA générative, notamment concernant les petites erreurs anatomiques – un sourire trop large, six doigts à une main – que commettaient souvent les IA à leurs débuts, il a jugé que «la supervision humaine pourrait bloquer ces images IA quasi parfaites» car les iconographes sont en mesure de détecter des jeux de lumières incohérents ou des situations qui ne peuvent pas avoir lieu dans la vraie vie.

Une vigilance qui pèse aussi sur la charge de travail des professionnels de l’image, dont les effectifs sont souvent en baisse: «C’est une tâche qui s’ajoute et qui des fois peut prendre beaucoup de temps. Mais c’est aussi une priorité», a jugé Valerio Vincenzo. Mais Thierry Meneau, des Echos, s’est malgré tout montré optimiste, évoquant le besoin pour les grands modèles de langage, après s’être «gavés de l’Internet, de toutes les images, de tous les textes», «de se mettre à jour» grâce, dans le domaine de la photographie, «aux photojournalistes et aux scientifiques». «Donc, on a quand même dans les mains une énorme valeur», a-t-il souligné, ajoutant que les géants de l’IA devaient payer «normalement à un bon prix les données que l’on produit», cette fameuse mise à jour.

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