La 38e édition du festival international de photojournalisme Visa pour l’image, dans le sud de la France, met cette année à l’honneur le travail de 3 photographes sur les conflits au Soudan, en Ethiopie et au Cambodge, invisibilisés par l’actualité en Ukraine ou au Moyen-Orient. Abdulmonam Eassa («Guerre au Soudan: une nation prise au piège», pour Le Monde), Robin Tutenges («Fano’s Kingdom») et Jean-Luc Moreau Deleris («Cambodge: d’une guerre à l’autre», pour Le Figaro) figurent parmi la trentaine de photographes honorés par ce festival qui se tient gratuitement dans la ville de Perpignan jusqu’au 13 septembre. «Il y a des zones d’ombre dans le monde et j’estime qu’en tant que journaliste, c’est mon travail d’aller les couvrir et d’essayer de donner une place à ce genre d’histoire dans l’attention médiatique», témoigne Robin Tutenges, 31 ans, qui s’est rendu en Ethiopie, dans la région très difficile d’accès de l’Amhara pour y documenter les combats de la milice des Fano contre les forces gouvernementales. Jean-Luc Moreau Deleris, lui, s’est rendu au Cambodge en décembre 2025, lorsque la Thaïlande voisine a rompu le cessez-le-feu qui maintenait une trêve précaire entre ces deux pays d’Asie du Sud-Est depuis les combats de juillet 2025. «Tous les Cambodgiens que j’ai rencontrés me disaient «pourquoi on ne parle pas de nous?»», raconte cet ancien officier parachutiste reconverti photographe au milieu des années 1990. Après la parution de son reportage dans Le Figaro Magazine en août, il a reçu des messages de soutien de lecteurs cambodgiens et «des avalanches d’insultes du côté thaï». «Mais au moins, on en parle», relativise le journaliste de 67 ans. Le Franco-Syrien Abdulmonam Eassa, 31 ans, est devenu photojournaliste en 2013 pendant la guerre civile qui a ravagé son pays jusqu’à la chute de Bachar al-Assad. Il expose à Perpignan une partie des photos prises lorsqu’il vivait au Soudan entre fin 2020 et l’été 2022, puis lors de 2 reportages pour Le Monde fin 2024 et fin 2025. Il s’y est installé 18 mois pour «comprendre la révolution soudanaise» qui a conduit au renversement de l’ancien dictateur Omar el-Béchir et expliquer «comment les militaires ont réduit la révolution en cendre», mais peine toujours à saisir pourquoi le monde se fout» du conflit sanglant qui oppose l’armée à des forces paramilitaires, les Forces de soutien rapide (FSR). Partageant désormais son temps entre la Normandie et la Syrie, Abdulmonam Eassa est retourné deux fois au Soudan pour le quotidien du soir, pour «aller mettre un nom sur le visage (des Soudanais), arrêter de traiter les gens comme des chiffres, des statistiques». «On parle souvent du Soudan avec des titres sur la grande crise humanitaire, les 14 millions de déplacés… Nous, ce qu’on cherche (avec Eliott Brachet, autre journaliste indépendant co-auteur des reportages pour Le Monde, ndlr), c’est de parler des êtres humains. Qui sont ces gens? Quel est leur prénom? Leur nom? Leur quotidien?», détaille-t-il. Un désir de s’attarder sur les victimes de ces conflits dont on parle peu partagé par Robin Tutenges. «Souvent, l’impact sur les civils est énorme. Donc le but, c’est d’aller chercher le plus possible des histoires de vies de civils» pour comprendre «l’impact de la guerre», dit-il. Pour ce faire, il dirige son attention vers les infrastructures «essentielles», hôpitaux et écoles par exemple, ou encore cherche à «voir comment ça se passe pour la nourriture, souvent un bon marqueur de la situation». Bien que convaincu du bien-fondé de la démarche qu’il partage avec Abdulmonam Eassa et Jean-Luc Moreau Deleris, Robin Tutenges ne veut pas se faire d’illusions. «Ça ne changera rien pour les personnes que j’ai rencontrées. Mais ça participe à une dénonciation qui est importante historiquement, qui est importante humainement, qui est importante au niveau des droits de l’homme, qui est importante aussi pour les personnes sur place».



































