Visa pour l’image: Raymond Depardon reçoit un Visa d’or d’honneur et alerte sur la crise du photojournalisme

Visa pour l’image: Raymond Depardon reçoit un Visa d’or d’honneur et alerte sur la crise du photojournalisme

Le photographe et cinéaste Raymond Depardon, qui a reçu jeudi soir le Visa d’or d’honneur du festival international de photojournalisme Visa pour l’image, s’est dit «très triste» de la situation financière «catastrophique» des agences photo, mais impressionné par une «nouvelle génération magnifique» de photojournalistes. Exposé à 84 ans pour la première fois à Perpignan lors de la 38e édition de cette manifestation culturelle, seul festival mondial de photographie de presse, il a évoqué devant des journalistes l’ensemble de sa longue carrière, lors d’un échange qui s’est tenu avant qu’il ne reçoive son prix. «On n’était pas trop festivals de photos à cette époque», a-t-il dit pour expliquer cette longue absence incongrue sur les murs du festival installé à Perpignan. «On fuyait un peu les récompenses, on avait l’impression que ça allait nous porter malchance (de montrer) les gens qu’on avait photographiés, souvent dans la douleur.» «Très content» d’être enfin exposé à Visa, il a appelé de ses voeux davantage de rétrospectives, nécessaires selon lui pour flatter l’ego des photographes qui «n’ont pas confiance en eux»: «On n’est jamais contents, on pense qu’on peut faire mieux.» Interrogé sur la situation du photojournalisme, il a exprimé sa tristesse face à la «situation financière catastrophique» des agences, «Magnum en premier». «On n’est plus payé, on n’a plus d’argent. Ça veut dire que la presse n’a plus d’argent pour acheter des photos (…) Mais mon Dieu, mon Dieu, pourvu qu’il y ait un peu d’argent pour pouvoir continuer à faire des photos. Elles sont tellement importantes, ces photos. On peut pas imaginer qu’il y ait une campagne (politique, ndlr) sans photographes», s’est-il exclamé. Lui qui a côtoyé de nombreuses personnalités politiques puissantes tels que François Mitterrand ou Jacques Chirac, et réalisé un documentaire sur la campagne victorieuse de Valéry Giscard d’Estaing, «1974, une partie de campagne», a jugé qu’une «campagne présidentielle, ça se fait au grand angle, pas au télé» (téléobjectif, un zoom puissant, ndlr). «Il faut l’homme en pied, il faut l’homme proche de vous, proche des électeurs, quoi», a-t-il insisté. Auteur notamment d’une célèbre photographie de Valéry Giscard d’Estaing au volant de sa voiture lors de la campagne de 1974, il a assuré avoir su que le politicien centriste irait «loin» lorsqu’il l’a vu conduire. «Tu sentais que c’était comme s’il était déjà aux commandes.» L’auteur de reportages dans le monde entier, dont plusieurs clichés (Liban, Vietnam, Afghanistan, …) sont exposés à Perpignan jusqu’au 13 septembre s’est dit «impressionné» par les événements de Ceuta, où des dizaines de milliers de migrants ont tenté de rallier l’enclave espagnole fin juillet. «J’ai vu là des photos incroyables à faire. Pas au téléobjectif, mais dedans, avec eux», a-t-il dit, tout en reconnaissant la difficulté d’un tel reportage. Raymond Depardon a par ailleurs salué l’émergence d’une «nouvelle génération magnifique» de photoreporters. «Ils sont prêts, il me semble, de ce que je vois, ils sont têtus et orgueilleux, ils restent longtemps (sur le terrain)», a-t-il salué.

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