Vivendi accélère son opération pour avaler Lagardère

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Le groupe Vivendi, contrôlé par Vincent Bolloré, a mis un coup d’accélérateur jeudi dans son opération pour avaler Lagardère, sans attendre le feu vert des autorités de la concurrence et en renforçant encore son influence médiatique à quelques mois de l’élection présidentielle. Premier actionnaire de Lagardère avec déjà 27% du capital, Vivendi est lancé dans une vaste opération de conquête médiatique et avait annoncé mi-septembre son intention de prendre le contrôle de Lagardère (Hachette, Europe 1, «JDD», «Paris Match»…), en rachetant d’abord les parts du fonds Amber Capital puis en déposant une OPA sur le reste du capital du groupe. Ce mouvement n’entraîne «aucune remise en cause de la structure actuelle du groupe Lagardère», a déclaré un porte-parole de Vivendi. «Arnaud Lagardère est le président indiscutable et le reste. Il a le soutien de Vivendi, qui conserve l’intégrité du périmètre du groupe Lagardère, y compris le travel retail», c’est-à-dire la branche de boutiques dans les gares et aéroports, a-t-il ajouté. En raison des risques de concentration dans les secteurs de l’édition et des médias, Vivendi (propriétaire notamment d’Editis et de Canal+) comptait initialement finaliser l’opération d’ici au 15 décembre 2022, une fois obtenu l’accord de la Commission européenne et du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA, futur Arcom). Mais «les analyses récemment menées» par le groupe «l’ont conduit à considérer que cette acquisition pouvait intervenir dès à présent», dès lors que Vivendi «n’exercera pas les droits de vote attachés à l’ensemble des actions acquises auprès d’Amber Capital ou dans le cadre de l’offre publique jusqu’à autorisation de la prise de contrôle de Lagardère par les autorités de concurrence», a expliqué Vivendi, qui détiendra pendant cette période 22,29% des droits de vote théoriques. Ainsi le rachat des 17,5% d’Amber au prix annoncé de 24,10 euros interviendra «dans les prochains jours», et l’offre publique sera déposée «d’ici février», au même prix, après seulement avis conforme de l’Autorité des marchés financiers, et sans intention de demander à son issue le retrait obligatoire de Lagardère des marchés, a précisé Vivendi. Les demandes d’autorisation auprès de la Commission européenne et des autres autorités de concurrence compétentes seront pour leur part déposées plus tard, «au cours de l’année 2022», tout comme la demande d’«agrément de l’Arcom sur le changement d’actionnariat indirect» des radios de Lagardère, «en fonction du résultat de l’offre publique». Le géant des médias, dont la trésorerie déborde depuis qu’il a introduit avec succès sa pépite musicale Universal Music en Bourse, avait préparé l’opération en acquérant en septembre auprès d’Amber une 1ère part minoritaire de Lagardère (0,4%) et en lui versant les fonds pour le reste de sa participation à titre de gage-espèces. Le pacte d’actionnaires que les deux alliés avaient conclu le 10 août 2020 pour emporter la bataille pour le contrôle de l’ex-empire industriel de Jean-Luc Lagardère prend donc fin. Sur un plan politique, l’opération permet à Vincent Bolloré de peser encore davantage sur l’élection présidentielle, en mettant la main sur des médias très influents. Le CSA a récemment indiqué avoir alerté le 3 novembre par courrier CNews, qui appartient à Canal+, détenu par Vivendi, sur «la nécessité d’assurer une exposition des formations politiques plus équilibrée au regard des horaires de diffusion». Cette chaîne d’information en continu très droitière, à laquelle Vincent Bolloré souhaite arrimer Europe 1, avait déjà été contrainte en septembre par le CSA de se priver de son polémiste vedette Eric Zemmour, qui a officialisé fin novembre sa candidature à l’élection présidentielle. Et l’inquiétude règne au sein de «Paris Match» et du «JDD» après l’éviction en octobre du directeur des deux rédactions Hervé Gattegno, que beaucoup estiment motivée par la couverture de l’actualité liée à Eric Zemmour.