WhatsApp fortement perturbé en Chine

288

Le service de messagerie WhatsApp est fortement perturbé en Chine, à l’heure où les autorités durcissent drastiquement la censure du web local avant une importante réunion du Parti communiste au pouvoir mi-octobre.Après Facebook, Twitter et Google, WhatsApp va-t-il se voir banni de Chine? Nombre d’usagers dans le pays ont fait état depuis le week-end d’une interruption des communications sur la populaire application. Selon «l’Open Observatory of Network Interference», une ONG internationale spécialisée dans la détection des censures, la Chine a commencé à bloquer WhatsApp depuis dimanche. Mardi matin néanmoins, on pouvait à nouveau utiliser WhatsApp pour envoyer des textos et engager des conversations téléphoniques ou vidéo. Mais l’envoi de messages vocaux ou de photos restait impossible. «Ça sent à plein nez le blocage préventif d’avant le Congrès», car les autorités durcissent volontiers la surveillance du web avant de tels événements politiques jugés sensibles, explique Jason Ng, chercheur à l’Université de Toronto et expert de la censure chinoise. Or, le 19e Congrès quinquennal du Parti communiste au pouvoir, convoqué le 18 octobre, est présenté comme une réunion décisive: le président Xi Jinping doit être reconduit à la tête du régime, tandis que l’équipe dirigeante sera largement remaniée. En ligne, le grand ménage s’intensifie. Des millions de contenus jugés «pornographiques» ou illicites ont été supprimés depuis août, et les géants chinois du web – dont la plateforme de microblogs Weibo – se sont vus infliger lundi de lourdes amendes pour ne pas avoir suffisamment censuré leurs usagers. Outre une censure drastique, l’internet local est encadré par une «Grande muraille électronique» qui bloque l’accès depuis la Chine aux réseaux sociaux Facebook et Twitter, YouTube, au moteur de recherche Google, ainsi qu’à de nombreux médias occidentaux. Certes, WhatsApp n’a pas jusqu’à présent subi les foudres d’une interdiction totale. Mais son système de cryptage, qui complique toute surveillance extérieure, pourrait expliquer le raidissement des autorités à son encontre. C’est une différence de taille avec la messagerie téléphonique WeChat, de loin la plus populaire en Chine avec ses centaines de millions d’usagers. Opéré par le géant du web chinois Tencent, WeChat se soumet aux exigences de la censure, et a même amendé ce mois-ci ses conditions d’utilisation, prévenant qu’il «conserverait et communiquerait» les données de ses usagers «en conformité avec les lois et règlements en vigueur». Les autorités sont réputées avoir aisément accès au contenu des conversations. «A mesure qu’approche la date du Congrès, le gouvernement va imposer une censure encore plus draconienne. Or, chacun sait que WeChat n’offre aucune sécurité», déclare Hu Jia, militant des droits de l’homme basé à Pékin. Nombre de dissidents utilisent WhatsApp, jugé plus sécurisé, pour communiquer entre eux. «Moi et d’autres militants, nous préférons WhatsApp quasiment 70% du temps. Mais comme c’était complètement inaccessible ces derniers jours, nous avons suspendu nos discussions», insiste M. Hu. Mais le récent blocage de WhatsApp affecte aussi les entrepreneurs basés en Chine, pour lesquels c’est un moyen commode de contacter des clients étrangers. «Gmail, Facebook, Viber étaient déjà bloqués, et maintenant WhatsApp? Sans bons outils de messagerie, cela va réduire l’efficacité de notre commerce international», déplorait un blogueur sur la plateforme de microblog Weibo. Dans le même temps, le tour de vis actuel entend encourager l’autocensure: l’Administration chinoise de l’internet a ainsi averti début septembre que les administrateurs de groupes de discussion sur WeChat seraient désormais tenus responsables pénalement de tous les contenus postés. De quoi instiller la peur, encourager une surveillance mutuelle, et pousser certains à fermer carrément leurs forums de discussion pour éviter toute sanction éventuelle.