World Press Photo 2024 : le photographe Agence France-Presse Adem Altan remporte le prix pour l’Europe

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Mesut Hancer holds the hand of his 15-year-old daughter Irmak, who died in the earthquake in Kahramanmaras, close to the quake's epicentre, the day after a 7.8-magnitude earthquake struck the country's southeast, on February 7, 2023. Rescuers in Turkey and Syria braved frigid weather, aftershocks and collapsing buildings, as they dug for survivors buried by an earthquake that killed more than 5,000 people. Some of the heaviest devastation occurred near the quake's epicentre between Kahramanmaras and Gaziantep, a city of two million where entire blocks now lie in ruins under gathering snow. (Photo by Adem ALTAN / AFP)

Le photographe Agence France-Presse Adem Altan remporte le prix pour l’Europe au World Press Photo 2024. Le prix Europe récompense une image du séisme en Turquie en février 2023. Adem Altan est également en lice pour le World Press mondial qui sera annoncé le 18 avril.

Photographe basé à Ankara, Adem Altan travaillait devant un immeuble effondré de Kahramanmaras, à l’épicentre du séisme qui a fait plus de 53.000 morts pour la seule Turquie, lorsqu’il a aperçu l’homme assis dans les décombres.

Aucune équipe de secours n’étant encore arrivée sur place mardi 7 février 2023, au lendemain du désastre, les habitants tentaient eux-mêmes de dégager les ruines pour sauver leurs proches. L’homme en veste orange restait immobile au milieu du tumulte, insensible à la pluie et au froid. Adem Altan s’est alors rendu compte que l’homme, à 60 mètres de lui, tenait une main dans la sienne. Il a commencé à «shooter» la scène : le père tenant la main de son enfant morte sans la lâcher, dans les décombres et la dévastation. Pendant qu’il prenait les photos, l’homme le suivait des yeux. «Prends des photos de mon enfant», a-t-il murmuré en direction d’Adem, la voix cassée et tremblante. Il a laissé un instant la main qu’il ne voulait quitter pour montrer au photographe l’endroit où gisait sa fille de 15 ans. Avant de la reprendre aussitôt. «J’étais tellement touché à ce moment-là. J’avais les larmes aux yeux. Je me disais sans cesse, Mon dieu, c’est une douleur insupportable», raconte le photographe de l’Agence France-Presse. Adem lui a demandé alors son nom, ainsi que le nom de son enfant. «Ma fille, Irmak», a répondu le père, Mesut Hancer. Adem a tout de suite pensé que l’image résumait la douleur des victimes du séisme. Sans imaginer l’impact qu’elle aurait. Reprise en Une par la presse du monde entier, elle a été aussi partagée des centaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux.

«Je pense que c’est une photo qui restera gravée dans les mémoires. Beaucoup m’ont dit qu’ils n’oublieront jamais cette image», confie Adem Altan. Lui non plus. «Adem a su capter toute la douleur d’un père perdu au milieu d’un pays meurtri par le séisme, cette image restera le symbole de la catastrophe qui a touché la Turquie», a déclaré éric Baradat, Directeur adjoint de l’Information pour la photo, l’infographie et la documentation à l’Agence France-Presse.

Pour le concours World Press Photo 2024, les gagnants seront choisis par des jurys régionaux et mondiaux. Les jurys régionaux préparent d’abord une sélection d’œuvres par région (Afrique, Asie, Europe, Amérique du Nord et Central, Amérique du Sud, Asie du Sud Est et Océanie). À partir de cette sélection, un jury mondial, composé des 6 présidents des jurys régionaux et du président du jury mondial, récompense ensuite les lauréats régionaux et mondiaux. Le World Press Photo 2024 sera révélé le 18 avril.