Après plusieurs années consacrées à renforcer ses franchises phares, TFOU ouvre un nouveau cycle. Nouveaux héros, nouvelles écritures, développement du numérique, évolution des usages ou encore financement de l’animation. Entretien avec Yann Labasque, Directeur des programmes jeunesse du Groupe TF1.
Après avoir consolidé vos grandes franchises, était-il devenu indispensable de lancer une nouvelle génération de héros ?
Oui. Nous avons la chance de disposer de franchises extrêmement solides. «La Pat’ Patrouille» (SpinMaster / Nickelodeon) reste notre programme numéro un, même après treize saisons. C’est une vraie force. Aujourd’hui, TFOU rassemble près de 3,3 millions d’enfants, soit près de deux tiers des jeunes téléspectateurs, ce qui nous permet d’aborder cette nouvelle étape avec confiance. Mais nous avons désormais un terrain de jeu plus large et nous voulons pleinement l’utiliser. Cela nous permet d’explorer de nouvelles écritures et surtout de renouveler progressivement la famille TFOU. Près de 25 séries sont aujourd’hui en développement ou en production, dont les deux tiers mettent en scène de nouveaux héros. Les premiers résultats arriveront dès cette rentrée avec «Louca» (Media Valley/ Belvision) ou «Witch Detectives» (Method Animation).
Quelle place occupe désormais le numérique dans votre stratégie ?
Elle est devenue essentielle. Le linéaire reste fédérateur, mais TF1+ nous permet d’aller plus loin. La plateforme propose désormais près de 1.000 heures de programmes jeunesse, avec des héros plus jeunes, des séries destinées aux préadolescents, des programmes en prises de vues réelles ou encore des cartoons absents de TFOU. Aujourd’hui, nous proposons environ deux fois et demie plus de héros sur TF1+ que sur le linéaire.
Vous souhaitez également développer des séries davantage semi-feuilletonnantes. Est-ce une conséquence directe des nouveaux usages ?
Oui, en partie. Le linéaire reste le moteur de notre écosystème, mais le numérique permet d’aller plus loin dans l’expérience proposée aux enfants. En revanche, nous tenons à préserver une règle essentielle : un enfant doit toujours pouvoir regarder un épisode isolé sans être perdu. Nous évoluons donc vers des personnages qui progressent au fil des saisons tout en conservant une intrigue résolue à chaque épisode.
Concevez-vous désormais vos séries d’abord pour le digital ou pour la télévision ?
Nous recherchons avant tout une bonne histoire et des héros auxquels les enfants peuvent immédiatement s’attacher. Ensuite seulement vient la réflexion sur les supports. Nous développons des formats capables de fonctionner aussi bien sur le linéaire que sur le numérique. Le linéaire reste néanmoins notre moteur, avec près de 1.600 heures de programmes jeunesse diffusées chaque année sur TF1 et TFX.
«Miraculous» est devenu un phénomène mondial. Quelle place cette franchise occupe-t-elle aujourd’hui ?
Une place majeure. «Miraculous» (Miraculous Corp) est né sur TFOU et nous restons sa première fenêtre de diffusion en France. Nous avons une ambition de très long terme autour de cette licence. Les équipes savent parfaitement renouveler la série. Nous leur avions notamment demandé que la saison 6 soit plus accessible aux plus jeunes avant d’ouvrir une nouvelle arche narrative pour les prochaines saisons. Nous cherchons aussi à reproduire cette capacité à dépasser le cœur de cible avec d’autres licences, comme «Ghostforce Evolution» (Zag).
Vous développez également des licences pensées au-delà de la télévision…
Oui, notamment avec «BABS ! B.A.D.» (OuiDo Productions/Wyncor) sur l’histoire d’une petite fille qui parle aux animaux. Nous voulons construire de véritables propriétés intellectuelles capables de vivre à travers le licensing, les expériences immersives, l’événementiel ou encore les parcs. Une série ne se limite plus aujourd’hui à sa diffusion.
Comment percevez-vous l’évolution du marché international de l’animation ?
Le climat est plus encourageant qu’il y a un an, même si le marché reste fragile. Nous échangeons beaucoup plus entre diffuseurs européens qu’auparavant, notamment avec Super RTL, KiKA ou la Rai, afin de partager nos réflexions plus tôt et de construire des plans de financement plus solides. Après la bulle créée par les investissements massifs des plateformes, le secteur retrouve progressivement un fonctionnement plus équilibré.
Le réflexe TFX sur les rendez-vous jeunesse commence-t-il à s’installer ?
Nous sommes partis de zéro et nous enregistrons désormais régulièrement des performances autour de 14 à 15 % de part d’audience, avec des pointes à 18 % sur les 4-10 ans. Les nouveautés doivent nous permettre de poursuivre cette dynamique.
Verra-t-on un jour un manga sur TFOU ?
Nous regardons tous les projets qui nous sont proposés. Mais notre ligne éditoriale reste inchangée : raconter des histoires à travers des héros auxquels les enfants peuvent immédiatement s’identifier. C’est cette conviction qui guide tous nos choix et qui continuera d’accompagner l’évolution de TFOU.


































