Pressrelations a dévoilé son étude sur la résonance médiatique du CAC 40 au 3ème trimestre 2026. L’occasion pour media+ d’évoquer les différents enseignements du rapport et l’état du marché avec Yannick AUGRANDENIS, associé chez Plead.
Selon votre étude sur la résonance médiatique du CAC 40 au T3 2026, la tonalité moyenne atteint 3,42 sur 5. Comment interpréter ce niveau élevé ?
YANNICK AUGRANDENIS : Tout d’abord, il est intéressant de souligner que les entreprises du CAC 40 bénéficient d’une image positive, alors que la France suscite inquiétudes et doutes. Nos champions nationaux sont reconnus comme des acteurs rassurants, performants et compétitifs dans un environnement en profonde mutation et où les équilibres se redéfinissent. C’est probablement le meilleur visage de la France que nos entreprises montrent à l’international. Cette image positive s’inscrit dans le temps long. Dans un contexte marqué par l’incertitude, nos leaders français ont su rassurer en déroulant leur stratégie, donner à voir leur adaptabilité au cœur des crises et valoriser leur utilité.
On constate une certaine volatilité du classement de tonalité. Michelin gagne 25 places, Dassault Systèmes en gagne 21, tandis que STMicroelectronics en perd 23. Comment expliquer de telles variations en un seul trimestre ?
YA : L’exposition médiatique des entreprises répond à une double logique. Tout d’abord, il y a les sujets choisis, ceux que les marques souhaitent mettre dans le débat public pour promouvoir leur activité, défendre leurs intérêts et susciter l’intérêt des investisseurs. Ensuite, il y a les thèmes que nous pourrions qualifier de subis. Ainsi, dans le contexte de tensions géopolitiques, il n’est pas étonnant que Dassault Systèmes bénéficie positivement d’une évolution de la tonalité. Dans le même esprit, TotalEnergies continue d’être l’une des entreprises les plus présentes dans le classement car elle est au cœur des enjeux de la période. Ces entreprises ont, de plus, l’avantage d’être du côté de la solution avec des initiatives fortes. Enfin, les médias internationaux sont particulièrement réactifs à la performance économique et financière de ces grands groupes. Ainsi, alors que la tension sur les semi-conducteurs est moins au centre de l’actualité, les perspectives inférieures aux attentes affichées par STMicroelectronics ont été le principal moteur de sa visibilité médiatique.
Dans quelle mesure une entreprise peut-elle agir sur sa tonalité médiatique alors qu’une partie importante de celle-ci dépend de l’actualité économique et des événements géopolitiques ?
YA : L’entreprise exerce une influence sur son image médiatique. Tout d’abord, et c’est essentiel de le rappeler, ses performances économiques et financières ont un impact majeur sur la couverture des journalistes et les publications des analystes, fortement reprises par les médias internationaux. Dans ce cas, la communication vise à donner le sens de lecture le plus favorable possible de la réalité économique des entreprises. C’est ici flagrant avec Bureau Veritas qui a pris 13 places au classement de la tonalité en rentrant dans le top 5. Ensuite, la lisibilité de la stratégie de l’entreprise revêt un caractère très important. L’entreprise doit être en mesure de l’expliquer, de la rendre tangible dans ses actions majeures et de l’inscrire dans un temps long. Tout l’enjeu consiste à conserver une forte cohérence dans la durée tout en donnant des occasions régulières d’en constater les effets. Enfin, nos grands champions contribuent à répondre à des enjeux majeurs de société tels que la sécurité de l’approvisionnement énergétique pour TotalEnergies, la souveraineté pour Dassault Systèmes, le redressement industriel pour Renault et Stellantis, ou encore l’amélioration de la santé par l’alimentation avec Danone.
L’étude montre que l’IA et les projets industriels peuvent favoriser une couverture positive. Comment l’expliquer ?
YA : Les grands groupes industriels sont des locomotives depuis toujours. Les inquiétudes, en particulier liées à la désindustrialisation en Europe, concourent à exposer positivement les acteurs du secteur qui innovent, luttent à l’échelle mondiale, maintiennent de l’emploi et s’adaptent. La question de l’IA est, en revanche, assez nouvelle. En termes de réputation, l’enjeu est double. D’une part, les grands groupes doivent rassurer les marchés sur la bonne intégration de l’IA dans la conduite de l’entreprise afin de gagner en agilité, productivité et pertinence. D’autre part, nous observons qu’il y a un avantage en termes de communication pour les entreprises capables de dessiner une vision pour l’avenir. Ainsi, l’IA offre l’opportunité de donner à voir le futur de l’activité, des métiers et des produits. Naturellement, c’est un sujet qui cristallise des inquiétudes mais le fait de se projeter dans l’avenir offre des perspectives riches et positives au niveau de la communication.
Quel rôle joue un dirigeant dans la construction du récit médiatique de son entreprise? On constate certaines prises de parole fortes comme celles de Patrick Pouyanné ou Patrice Caine…
YA : Plus qu’une voix ou un visage, le dirigeant est un véritable accélérateur de particules. Ses prises de parole sont attendues car elles comptent. Par essence, elles sont plus rares et réservées à des enjeux majeurs tels que la définition de la stratégie, la présentation des résultats ou l’interpellation des pouvoirs publics. Cette parole a du poids car elle est en symbiose avec la décision. Les journalistes savent qu’ils ont en face d’eux la personne qui est aux manettes, capable de prendre des décisions à fort impact. Les deux dirigeants que vous citez sont, en outre, des acteurs essentiels sur des enjeux décisifs : la sécurité des approvisionnements et la transition énergétique pour l’un et la souveraineté pour le second.
Face aux résultats de l’étude, quelles pratiques devraient privilégier les entreprises pour suivre leur réputation médiatique dans la durée ?
YA : L’étude PressRelations est riche d’enseignements pour toutes les directions de la communication. Elle met en avant une très grande pluralité d’approches et de résultats obtenus. Il est présomptueux de prodiguer des conseils et de délivrer des recettes tant les enjeux sont particuliers. En revanche, il apparait clairement que donner à voir une vision du futur, être contributif sur des enjeux de société et rendre tangible la stratégie le plus régulièrement possible sont des axes de communication porteurs.


































