Face aux géants technologiques américains et chinois, l’Allemagne franchit un cap : Deutsche Telekom et le fabricant américain de puces Nvidia vont construire une «usine d’IA souveraine», un projet d’un milliard d’euros pour doter le pays d’une industrie de l’intelligence artificielle (IA). Présenté mardi à Berlin par les patrons des deux groupes, Timotheus Höttges (Deutsche Telekom) et Jensen Huang (Nvidia), le projet, baptisé Industrial AI Cloud, doit entrer en service au premier trimestre 2026. Il vise à créer «une infrastructure souveraine, sécurisée et puissante» pour permettre d’«utiliser l’IA dans chaque application manufacturière» en Allemagne, au service des «grandes organisations, des PME et des start-up», selon un communiqué commun.
Dans un monde où la Chine et les Etats-Unis se sont déjà «réveillés» sur l’IA, l’Europe doit «participer à cette évolution», a souligné Tim Höttges à Berlin. Concrètement, le centre de calcul sera installé à Munich par Deutsche Telekom, dans un centre de données souterrain de trois à quatre étages. Il sera équipé d’une plateforme et d’applications développées par le géant allemand des logiciels SAP, incluant des technologies d’IA. Bien que Nvidia soit une entreprise américaine, les données des clients seront stockées en Allemagne. Un élément clé, alors que l’Europe veut rattraper son retard technologique et se défaire de sa dépendance à la Chine et aux mastodontes américains de l’IA comme Google, Microsoft et OpenAI. Certains d’entre eux se sont considérablement rapprochés du président américain Donald Trump depuis son retour à la Maison Blanche. Les deux partenaires mettent en avant la «protection, la sécurité et la fiabilité des données» qui en résultera, ajoute le communiqué. «Seuls les employés certifiés d’entreprises allemandes ou européennes travailleront sur ces données et sur cette infrastructure», a assuré M. Höttges. La première économie européenne fait partie des pays de l’UE qui accordent le plus d’importance au contrôle des données. D’après une étude du cabinet de conseil Accenture parue lundi, 72% des organisations privées et publiques allemandes recherchent des solutions d’IA souveraine en réponse aux incertitudes géopolitiques actuelles, contre seulement 55% en France. Le chancelier allemand Friedrich Merz avait rencontré en juin à Berlin le directeur-général de Nvidia Jensen Huang, lors d’un entretien privé, pour l’inviter à développer ses activités dans le pays et mettre en place une infrastructure d’IA souveraine. «Cette coopération représente une avancée majeure pour la souveraineté numérique et l’avenir économique de l’Allemagne», avait-il déclaré par communiqué. Le projet s’inscrit dans le cadre de l’initiative nationale «Made 4 Germany», qui réunit plus de cent entreprises et vise à renforcer la compétitivité de l’industrie allemande en crise et la numérisation de l’économie, où le pays accuse un lourd retard. La future usine compte déjà dix partenaires, dont le conglomérat industriel allemand Siemens qui exploitera le centre de données pour améliorer ses propres capacités d’IA et celles de ses clients, parmi lesquels Mercedes-Benz et BMW. Pour le dirigeant de Deutsche Telekom, le temps presse: «Les entreprises qui connaissent la croissance la plus rapide au monde aujourd’hui sont celles spécialisées dans l’intelligence artificielle, et elles connaissent une croissance exponentielle (…) Il est temps pour l’Allemagne de se lancer dans la course».


































