A l’approche de son 70e anniversaire, l’Eurovision est ébranlée par le plus important boycott de son histoire autour de la participation d’Israël, une controverse politique qui fait planer une menace directe sur l’édition 2026. Les organisateurs du Concours Eurovision de la chanson ont annoncé lundi que 35 pays participeraient à Vienne au plus grand événement musical télévisé en direct au monde, le contingent le plus faible depuis l’élargissement du concours en 2004. Et le nombre de participants aurait pu être encore plus maigre sans le retour de la Bulgarie, de la Roumanie et de la Moldavie dans le concours organisé par l’Union Européenne de radio-télévision (UER), la plus importante alliance mondiale de médias de service public. Une fois les projecteurs allumés dans la capitale autrichienne, l’Eurovision 2026 aura les atours d’une édition classique, mais les boycotts des diffuseurs de cinq pays – Espagne, Irlande, Islande, Pays-Bas, Slovénie – opposés à la participation d’Israël ne passeront pas inaperçu. «Ce ne sera pas le festival joyeux et festif des années passées», prédit William Lee Adams, fondateur du site web indépendant Wiwibloggs consacré à l’Eurovision, pour qui «un malaise profond plane» sur le célèbre télé-crochet. Si, au fil des années, plusieurs pays ont déjà manifesté leurs griefs à l’égard de l’Eurovision, boudant parfois l’épreuve sur fonds de protestations sur le système de vote, leurs faibles chances de l’emporter ou la qualité de la compétition, la situation est aujourd’hui différente. Ces derniers mois, les tensions ont atteint un point critique en raison des vives critiques suscitées par la conduite de la guerre menée par Israël à Gaza depuis deux ans. Une gêne aggravée par des soupçons quant à une possible manipulation du système de vote par téléphone en faveur d’Israël, qui lui aurait permis d’emporter très largement le vote du public lors de l’Eurovision 2025. Certains diffuseurs ont également exprimé leurs inquiétudes concernant les valeurs de l’UER quant à la liberté de la presse, les journalistes étant pris pour cible ou empêchés par Israël d’accéder à Gaza. «C’est la 1ère fois que nous voyons des chaînes de télévision se regrouper pour boycotter politiquement la participation d’un autre pays. Il s’agit donc d’une crise grave pour le concours», estime Dean Vuletic, auteur de «L’Europe d’après-guerre et le Concours Eurovision de la chanson». «Ce sont toutes des chaînes de télévision issues de solides démocraties libérales: ce sont des chaînes qui incarnent véritablement les valeurs auxquelles aspire l’UER», poursuit M. Vuletic. Et les boycotts pourraient faire tâche d’huile si les artistes eux-mêmes venaient à se retirer. «Par le passé, l’Eurovision était un grand honneur pour de nombreux artistes», mais aujourd’hui, «cela pourrait ressembler à un cadeau empoisonné pour certains» en termes d’image, redoute M. Adams, affirmant que «les artistes pensent avant tout à leur carrière». Le mouvement déjà engagé par la plupart des candidats à la sélection nationale portugaise, qui ont juré de ne pas participer à l’Eurovision s’ils emportent la présélection, n’augure rien de bon. «Les artistes seront soumis à des pressions pour prendre position», prédit Catherine Baker, de l’Université de Hull, spécialiste des enjeux culturels et politiques de l’Eurovision. Selon elle, certains qui s’étaient inscrits aux présélections en pensant qu’Israël ne participerait pas vont se trouver coincés. Les membres de l’UER ont adopté des mesures visant à améliorer le système de vote, à renforcer la détection des fraudes et à limiter les campagnes promotionnelles soutenues par les gouvernements, ce qui illustre selon M. Vuletic la capacité de l’Eurovision à s’adapter comme elle l’a fait depuis 70 ans, même si elle peine souvent à anticiper les difficultés. Côté opinion publique, Ewan Spence, cofondateur et rédacteur en chef de la plateforme en ligne ESC Insight, estime lui que la mise en vente des billets le 13 janvier constituera un 1er baromètre d’adhésion. Mais, souligne-t-il, l’UER ne «pourra éviter d’être médiatisée» sur le sujet des boycotts et d’Israël.



































