Géraldine IGOU (Spotify) : «Plus de 90% des morceaux générés par l’IA ne rencontrent pas leur audience»

Géraldine IGOU (Spotify) : «Plus de 90% des morceaux générés par l’IA ne rencontrent pas leur audience»
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À l’heure où l’intelligence artificielle redessine en profondeur les usages et les modèles des plateformes, Spotify en a fait un moteur clé de sa stratégie, de la personnalisation des contenus à l’intégrité de son écosystème. Entre innovation produit et encadrement des nouveaux usages, la plateforme affine sa position dans un paysage musical en pleine mutation. Éclairage avec Géraldine Igou, Directrice de la communication.

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Quelle place occupe l’intelligence artificielle chez Spotify ?

GÉRALDINE IGOU

Depuis plus d’une décennie, l’intelligence artificielle est au cœur de l’écosystème Spotify. Des équipes d’ingénieurs dédiées développent en continu de nouveaux produits et fonctionnalités, tant pour les usages internes que pour l’expérience des utilisateurs. L’intelligence artificielle (IA) constitue un levier stratégique pour maintenir un haut niveau d’innovation, améliorer la performance globale, optimiser les parcours d’écoute et renforcer la sécurité de la plateforme, tant pour les créateurs que pour les audiences.

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Comment l’intelligence artificielle enrichit-elle l’expérience utilisateur?

GÉRALDINE IGOU

L’intelligence artificielle est à l’origine de nombreuses innovations produits. Parmi elles, Daylist, une playlist personnalisée qui évolue en fonction des moments de la journée et des habitudes d’écoute. Autre exemple emblématique : Discover Weekly, qui affine les recommandations en combinant exploration musicale et respect des préférences établies. Enfin, la fonctionnalité DJ, encore indisponible en France, propose une expérience immersive reposant sur l’IA générative : une voix synthétique accompagne l’écoute en contextualisant les choix musicaux et en guidant l’utilisateur.

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Face à l’essor des musiques générées par l’intelligence artificielle, quelle est votre position ?

GÉRALDINE IGOU

Notre ligne est claire : l’intelligence artificielle est un outil. Notre responsabilité est d’en prévenir les dérives, qu’il s’agisse de clonage vocal, d’usurpation d’identité ou de manipulation des écoutes via des bots. Depuis plusieurs années, Spotify investit massivement dans des technologies de détection afin de limiter ces abus. Nous affichons aujourd’hui l’un des taux de fraude les plus bas du marché à l’échelle mondiale. L’industrie musicale a toujours été traversée par des ruptures technologiques, de la cassette au MP3, en passant par Internet ou l’auto-tune. Spotify reste une plateforme de diffusion et non de jugement éditorial. Sans démarche artistique, l’intelligence artificielle ne suffit pas: ce sont les auditeurs qui, in fine, décident.

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Les contenus générés par l’intelligence artificielle trouvent-ils leur public ?

GÉRALDINE IGOU

Dans les faits, plus de 90% des morceaux générés par l’intelligence artificielle ne rencontrent pas leur audience. Certaines exceptions émergent néanmoins, à l’image du titre «Imbattables» du rappeur Crystalo, entièrement conçu via l’intelligence artificielle et ayant dépassé les 10 millions d’écoutes. Là encore, l’arbitrage appartient aux utilisateurs. Spotify n’a pas vocation à hiérarchiser les expressions artistiques.

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Peut-on imaginer, à terme, des récompenses dédiées à ces créations IA ?

GÉRALDINE IGOU

Cela paraît peu probable. L’intelligence artificielle s’inscrit comme un outil parmi d’autres dans le processus créatif, au même titre que l’auto-tune ou le sampling. Par ailleurs, Spotify a reversé 11 milliards de dollars aux ayants droit en 2025, dont 1,5 milliard provenant de la billetterie intégrée à la plateforme. Cette dynamique souligne l’attachement du public à l’expérience live. L’intelligence artificielle ne remplacera ni la scène ni le lien émotionnel entre un artiste et son public. L’annonce du retour de Céline Dion sur scène à Paris en est une illustration.

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Quel est l’impact des télécrochets sur les performances de Spotify ?

GÉRALDINE IGOU

Les émissions de télécrochet, comme le retour de la «Star Academy», participent au renouvellement de la scène pop francophone. Si le rap reste dominant en France, ces programmes contribuent à remettre la pop au premier plan des classements. Le succès d’artistes comme Pierre Garnier, Marguerite ou Helena en témoigne.

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