Au Gabon, la coupure des réseaux sociaux menace les revenus des petits entrepreneurs 

Au Gabon, la coupure des réseaux sociaux menace les revenus des petits entrepreneurs 

La coupure des réseaux sociaux au Gabon, annoncée mardi par les autorités, freine l’économie numérique et le commerce en ligne dont vivent de nombreux Gabonais, qui risquent désormais de perdre une partie de leurs revenus. Cette coupure intervient alors que Brice Oligui Nguema, arrivé à la tête de ce pays d’Afrique centrale de 2,5 millions d’habitants par un coup d’Etat en 2023 et élu président l’an dernier, a fait face en janvier, pour la première fois de son mandat, à plusieurs mouvements sociaux dans la fonction publique. Mardi soir, les autorités gabonaises avaient annoncé la suspension «jusqu’à nouvel ordre» des réseaux sociaux, invoquant notamment la diffusion «récurrente» de «contenus inappropriés, diffamatoires, haineux, injurieux, portant atteinte à la dignité humaine, aux bonnes moeurs, à l’honneur des citoyens, à la cohésion sociale, à la stabilité des institutions de la République et à la sécurité nationale». Facebook et TikTok, les réseaux sociaux les plus populaires au Gabon, ainsi que Youtube et Instagram étaient toujours coupés jeudi en fin de journée, tandis que Whatsapp fonctionnait par intermittence et différemment selon les opérateurs. Or le commerce en ligne s’opère essentiellement via les réseaux sociaux au Gabon, dont 72% de la population avait accès à internet en 2023, selon les derniers chiffres de la Banque mondiale. L’économie du Gabon, dont un tiers des habitants vit sous le seuil de pauvreté, «dépend fortement du numérique», assure l’analyste financier Besnik Mbeng. 

Baisse des commandes : «Cette coupure des réseaux impacte directement le quotidien des Gabonais et surtout la rentabilité des entreprises», poursuit-il. Julia Kassa Mapsi, cheffe de l’entreprise Popo Loves Cooking, qui livre de plats à domicile et en entreprise à Libreville, la capitale, observe une baisse des commandes depuis mercredi. «Pour moi, les réseaux sociaux, ce n’est pas juste un divertissement, c’est mon outil de travail», témoigne-t-elle, expliquant que «les petits entrepreneurs comme (elle) ont un catalogue sur Whatsapp où ils partagent tous les produits ou services qu’ils proposent». «Si je n’ai pas accès à Whatsapp, mes clients ne peuvent pas recevoir les menus, je ne peux pas travailler», déplore la cheffe d’entreprise, qui s’en sort néanmoins grâce à l’usage d’un VPN, un outil permettant de contourner ce type de restrictions. Pour Besnil Mbeng, «les activités de ces entreprises seront fortement impactées et n’échapperont pas à l’interruption des commandes et des services en ligne, aux retards de paiement et à la perte en visibilité commerciale». Si la suspension était amenée à durer, «le risque pour moi est de disparaître», déplore une professionnelle du tourisme qui a souhaité garder l’anonymat. Elle affirme n’avoir aucun moyen pour toucher sa clientèle «en dehors des réseaux sociaux». 

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