Le Premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé lundi l’interdiction prochaine de l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 16 ans, estimant la mesure nécessaire pour «protéger nos enfants» tout en reconnaissant qu’elle serait difficile à appliquer. Londres emboîte ainsi le pas à l’Australie et l’Indonésie, qui ont déjà instauré des mesures similaires. Le Canada a annoncé son intention de faire de même, et un projet de loi est à l’étude au Parlement français pour les moins de 15 ans. Keir Starmer a présenté l’interdiction comme une «étape importante» pour le pays et les familles. «Les réseaux sociaux rendent les enfants malheureux. Ils facilitent le harcèlement et les abus», a-t-il déclaré. Beaucoup de détails pratiques restent à préciser avant l’adoption de la loi, espérée «avant Noël» pour une entrée en vigueur «au début de l’année prochaine, probablement vers le printemps», selon le Premier ministre. L’interdiction concernera notamment Snapchat, TikTok, YouTube, Instagram, Facebook et X. Mais pas les applications de messagerie comme WhatsApp et Signal. Un porte-parole de TikTok a assuré que l’entreprise partageait «l’objectif du gouvernement de garantir une expérience en ligne sécurisée aux adolescents», précisant que ses comptes pour jeunes proposaient plus de 50 paramètres de sécurité et de confidentialité prédéfinis. Le Royaume-Uni va également prendre des mesures visant les plateformes de jeux vidéo et de streaming. Il s’agit de bloquer certaines fonctions, comme la possibilité pour un inconnu de communiquer avec un mineur de moins de 16 ans. Ces restrictions seront aussi «activées par défaut» pour les moins de 17 ans. Londres envisage aussi des «couvre-feux nocturnes» et des pauses dans les fonctions de défilement automatique de contenus pour les moins de 18 ans. Les mineurs ne pourront pas faire usage des chatbots utilisant l’IA pour simuler des relations sexuelles ou des jeux de rôle. Londres a déjà sommé début juin les géants de la tech comme Apple ou Google de déployer sous 3 mois des outils bloquant l’envoi et la réception d’images sexuellement explicites par des mineurs, les menaçant de légiférer. Cette annonce intervient à l’issue d’une consultation nationale devenue la 2ème plus large du pays avec environ 116.000 contributions, selon Downing Street. Quelque 91 % des parents y ayant répondu ont soutenu une telle interdiction. L’organisation TechUK, qui regroupe la majorité des plateformes affectées par l’interdiction, a affirmé vouloir «un monde en ligne plus sûr pour les enfants», mais estimé que les mesures annoncées «risquaient de déplacer le problème plutôt que le résoudre réellement». Keir Starmer a reconnu qu’il existait un risque que les enfants «contournent» la réglementation, mais a estimé que les lois étaient aussi «l’expression de nos valeurs». Une limite pointée par le syndicat des directeurs d’écoles, qui juge nécessaire de mettre en place des «mesures vraiment efficaces de vérification de l’âge», estimant que le seuil actuel de 13 ans est déjà «difficile à appliquer». D’autant que la consultation a montré que le sujet divise, les jeunes comme les familles ou les associations. Ian Russell, dont la fille Molly s’est donné la mort à 14 ans après avoir visionné des contenus faisant l’apologie du suicide, s’est toujours opposé à une interdiction qui créerait «un faux sentiment de sécurité». À l’inverse, Esther Ghey, la mère de l’adolescente transgenre Brianna Ghey, dont le meurtre par deux adolescents en 2023 a suscité un choc dans le pays, y est favorable. L’organisation Internet Watch Foundation, qui lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants en ligne, a salué l’annonce mais appelé les autorités à «accentuer la pression sur les entreprises de la tech afin qu’elles rendent leurs plateformes plus sûres pour les enfants dès la conception» de leurs outils.






























