Agnès VAHRAMIAN (Radio France) : «Campagne présidentielle : un dispositif ambitieux qui s’appuie sur la complémentarité de nos antennes»

Agnès VAHRAMIAN (Radio France) : «Campagne présidentielle :  un dispositif ambitieux qui s’appuie sur la complémentarité de nos antennes»

Alors que la saison 2026/2027 sera forcément marquée par la campagne présidentielle, Radio France a imaginé un dispositif au plus proche de ses auditeurs, s’appuyant sur la complémentarité de ses antennes. L’occasion pour media+ d’évoquer le dispositif avec Agnès VAHRAMIAN, Directrice éditoriale déléguée en charge de l’information et directrice de franceinfo.

La présidentielle va rythmer toute l’année à venir. Comment Radio France a-t-elle pensé son dispositif éditorial pour cette échéance ?

Radio France a une responsabilité particulière dans cette période : permettre à chacun de disposer d’une information de qualité pour exercer pleinement son libre choix. Pour cela, nous abordons cette présidentielle avec une conviction forte : la campagne doit partir des Français et pas uniquement des candidats. Nous avons donc pensé un dispositif ambitieux qui s’appuie sur la complémentarité de nos antennes, avec un rôle précis pour chacune. ICI sera au plus près du terrain et des questionnements des Français. franceinfo assurera l’immersion par le reportage, avec une matinale renforcée, de nouveaux visages et de nouveaux formats. France Inter portera la conversation nationale, avec toujours de nombreux espaces dédiés au débat et à la confrontation des points de vue. Et France Culture apportera du champ, de la profondeur et du temps long pour remettre les enjeux en perspective et proposer à chacun des clés de compréhension.

Au-delà du dispositif de fond, quels sont les rendez-vous marquants que vous préparez ?

Nous prévoyons des journées transverses qui mobiliseront toutes les antennes autour de grandes questions d’intérêt général. Nous avons aussi pour projet d’organiser une journée dédiée aux candidats à la présidentielle à la Maison de la Radio et de la Musique pour qu’ils s’expriment sur une thématique qui préoccupe les Français. Enfin, nous créons, avec France Télévisions, un podcast vidéo sur les coulisses de la campagne avec les chefs de service politique de franceinfo, France Inter et France Télévisions ensemble, dans un format informel et réactif. C’est une première ! Autre point important, nous allons inaugurer dans les prochaines semaines le « contrat d’écoute » de Radio France. Tous nos engagements seront rassemblés dans une charte éditoriale unique, claire et publique, avec un mécanisme de saisine du public et un référent déontologie. C’est un engagement de transparence vis-à-vis des auditeurs, à un moment où la confiance est capitale.

Vous parlez d’une campagne qui part des Français. Concrètement, comment les auditeurs entrent-ils dans votre dispositif ? »

C’est le cœur de notre démarche. Nous ne voulons pas d’une campagne couverte uniquement depuis les QG parisiens, les studios ou les conférences de presse. Nous voulons partir du terrain, donner la parole aux citoyens. Le dispositif « Dites-le ICI » c’est exactement cela : un grand cahier de doléances version audio, une consultation digitale sur de grands thèmes, des isoloirs physiques installés dans chacune de nos 44 locales et dans une multitude d’événements locaux pour recueillir la parole des Français et la restituer tout au long de la campagne. Ces captations alimenteront ensuite toutes nos antennes.

La désinformation est un enjeu majeur de toute élection. Comment Radio France y répond-elle concrètement ?

Nous pouvons compter sur le travail de l’Agence Radio France qui s’est renforcée dans l’enquête numérique depuis l’automne. Il y a aussi un enjeu de fond sur l’intelligence artificielle : près de 40% des Français ont consulté au moins un site d’information généré par l’IA au cours de l’année. Ces sites prolifèrent et leur processus éditorial est opaque. C’est une réalité que nous prenons très au sérieux. C’est pourquoi nous avons pris la décision pour le moment de nous retirer des résumés générés par l’IA de Google et de faire l’inverse : intégrer à notre propre plateforme les technologies les plus modernes. Nos contenus sont le fruit d’un travail journalistique financé par les Français et nous voulons qu’ils soient utilisés dans un cadre qui ne compromette pas ce travail.

Dans un contexte de défiance croissante envers les médias, comment préserver les conditions d’un débat politique libre et exigeant ?

C’est une réalité que nous ne pouvons pas nier : la défiance envers les médias existe et elle s’est renforcée ces dernières années. La France est 41ᵉ mondiale en matière de confiance dans les médias, soit 8 points sous la moyenne. Mais je refuse d’en faire une fatalité. Ce que nous observons, c’est que la radio conserve un niveau de confiance élevé auprès des Français. Face à la polarisation de plus en plus grande des débats publics, nous avons donc un rôle à jouer : rester le lieu où tout le monde peut s’exprimer et où le désaccord peut exister sans violence, de manière respectueuse et apaisée.

Aucun article à afficher