A. ASSUIED (Cafeyn) : « Nous sommes devenus un service de streaming de l’information »

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En cette période de crise sanitaire et d’isolement imposé, les Français ont plus que jamais besoin de s’informer mais aussi de se divertir ou de se cultiver en consultant les titres de presse qui leur correspondent. Le service Cafeyn, qui permet l’accès à un très large choix de quotidiens et de magazines, a pris le pouls de ces évolutions en analysant les comportements de ses utilisateurs depuis le début du confinement. Entretien avec Ari ASSUIED, PDG de Cafeyn.

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Comment analysez-vous la consommation sur Cafeyn depuis le confinement ?

ARI ASSUIED

La plateforme enregistre une forte progression de son nombre de lecteurs, des pics de connexion plus linéaires et un certain engouement pour de nouvelles thématiques qui reflètent un changement de mode de vie à la maison. Dans la crise sanitaire que l’on traverse, l’émergence des plateformes de contenus digitaux – qui pouvaient être sujet à des interrogations, concernant des modèles économiques qui ne sont pas tous pérennisés – ne représente plus uniquement l’avenir de la consommation de contenus, c’est aussi le présent. Aujourd’hui, Cafeyn est bien plus qu’une plateforme alternative de consommation des contenus. On répond à un vrai besoin. Nous devenons même un service de première nécessité pour ceux qui souhaitent s’informer à travers une offre de qualité suffisamment exhaustive.

MEDIA +

Quels sont vos chiffres clés ? 

ARI ASSUIED

Depuis le confinement, les inscriptions ont été multipliées par 4,7. Nous avons enregistré une hausse des connexions de +74%. Sur le premier mois, plus d’1 million d’articles supplémentaires ont été consommés. Paris, Lyon, Bordeaux, Marseille et Toulouse sont dans le Top 5 des villes qui utilisent le plus Cafeyn. On constate un pic de connexion entre 6h30 et 9h30 toute la semaine (week-end inclus).

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Manifestement, vous bénéficiez d’un effet positif de la crise …

CATHERINE NAYL

Le milieu de la presse souffre d’une problématique de distribution et de revenus générés par la publicité. Cafeyn s’impose donc comme un relai complémentaire pour les éditeurs et leur lectorat. Nous nous adressons à des lecteurs qui sont fans de l’univers des médias, de la presse et qui ne veulent pas forcément s’abonner à un titre en particulier. Ils picorent beaucoup de contenus sur la plateforme.

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Quelles sont les catégories qui émergent depuis le confinement ?

ARI ASSUIED

La presse quotidienne nationale et la presse quotidienne régionale sont très consommées grâce à leurs contenus mis à jour quotidiennement. Nous enregistrons 53% d’augmentation de la consommation des journaux régionaux. Parmi les nouvelles catégories qui connaissent un boom de lecture : la jeunesse (+129%), la cuisine (+81%), la technologie (+70%) et le jardinage (+48%). C’est une tendance corrélée à cette période inédite.

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Quels sont les enjeux post-confinement pour Cafeyn ? 

ARI ASSUIED

Les enjeux sont multiples : internationalisation, amélioration de l’accès au contenu et renforcement de l’offre. Nous nous sommes plutôt bien installés en France. Nous avons démultiplié les partenariats avec des acteurs qui intègrent notre service dans leur proposition de valeur. Ça leur permet ainsi d’avoir une offre plus enrichie qui permet d’acquérir des clients ou de les fidéliser. C’est le cas des opérateurs télécoms. La data et la voix sont le socle de leur proposition de valeur, mais ils ont besoin aujourd’hui de proposer d’autres choses pour se différencier. Cafeyn a scellé des accords avec Bouygues, Free, mais aussi myCANAL et Cdiscount. Les partenariats se renforcent aussi à l’international. En fin d’année, on s’est associé avec le groupe O2 en Angleterre.

MEDIA +

La proposition de valeur de votre service peut-elle évoluer ?

ARI ASSUIED

Bien entendu ! Si LeKiosk.fr est devenu Cafeyn, c’est parce que la notion de «kiosque numérique» ne parlait pas au grand public. Nous sommes un service de streaming de l’information qui ne se limite pas à des PDF, des magazines et des quotidiens. L’expérience va bien au-delà avec un accès aux contenus via des articles, un moteur de recherche efficient et des playlists d’articles. A ce jour, plus de 2.000 titres sont disponibles sur la plateforme. Nous travaillons avec tout type de presse. C’est grâce à la démultiplication des canaux de diffusion que les éditeurs peuvent acquérir de plus en plus de lecteurs.

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Avez-vous trouvé le meilleur équilibre pour un mode de rémunération équitable ?

ARI ASSUIED

La logique est de trouver des modèles évolutifs qui permettent à l’ensemble des acteurs de pouvoir être rémunérés de manière cohérente. On essaie de trouver un modèle qui puisse différer de ce que les éditeurs ont connu dans l’univers physique. L’équation économique est radicalement différente puisque la valeur d’un contenu papier ne peut pas être la même que dans l’univers digital. Les éditeurs en ont bien conscience. C’est pourquoi le sujet est d’arriver à démultiplier la monétisation des contenus en valorisant davantage la marque des titres de presse.