A.LIBERTY (SIRTI) : «Le SIRTI demande la suppression des dispositions introduites en 2016 et plus particulièrement du plafonnement des rotations»

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Le SIRTI a présenté hier matin une étude pour mettre en perspective le dispositif français des quotas. L’occasion pour média+ de s’entretenir avec Alain LIBERTY, Président du SIRTI, Syndicat des radios indépendantes.

MEDIA +

Trois ans après le durcissement de la loi des quotas radios de 1996, quel est le bilan ?

ALAIN LIBERTY

Si l’on s’en tient à une analyse purement quantitative, il semble que l’objectif soit atteint avec plus d’artistes francophones au global (+27% entre 2016 et 2017). Pourtant, la loi de 2016 a eu des effets pervers sur l’exposition de ces artistes. En 2018, selon le bilan annuel dressé par Yacast, il n’y avait plus que 3 titres francophones dans le top 20 des titres les plus diffusés en radio et seulement 1 titre francophone dans le top 10. Ainsi, au regard de la durée d’écoute moyenne des radios musicales, la probabilité d’entendre un titre qui se situe au-delà du top 20 devient très faible pour un auditeur. Cela conduit mécaniquement à ce que les auditeurs aient moins d’opportunités d’écouter et donc de découvrir de nouveaux projets et artistes francophones. Entre 2011 et 2018, la chanson francophone a perdu plus de 10 milliards de contacts en radio. Conséquence d’un système devenu contre-productif, 63% des écoutes streaming se concentrent aujourd’hui sur un seul genre musical: le rap. Le succès des plateformes de streaming crée un effet d’entraînement au sein de l’industrie musicale qui concentre ses productions sur le genre urbain, le plus rentable, au mépris de la diversité. Cela crée une pénurie de titres francophones pour les radios qui diffusent d’autres genres musicaux.

MEDIA +

Face à ce constat, quelles sont les propositions du SIRTI ?

ALAIN LIBERTY

Le SIRTI demande la suppression des dispositions introduites en 2016 et plus particulièrement du plafonnement des rotations qui s’avère totalement contre-productif pour les artistes francophones et contribue à la chute d’audience des radios musicales. Nous demandons aussi une nouvelle définition des «nouveaux talents». Enfin, le SIRTI propose la création d’une charte en lien avec les artistes et leurs représentants pour instaurer une nouvelle manière de travailler ensemble qui aille au-delà du cadre législatif et qui soit adaptée aux réalités actuelles. Il y a trop de règles en France et cela finit par être néfaste aux acteurs du secteur. 

MEDIA +

Enfin, vous souhaitez aussi réguler les plateformes de musique en ligne…

ALAIN LIBERTY

Nous souhaitons en effet la mise en place d’une régulation sur les plateformes de musique en ligne, afin de faire rentrer ces acteurs dans l’exception culturelle française à l’image de ce que le Gouvernement souhaite faire pour les plateformes vidéo. Il s’agit en effet d’un gros challenge mais il faut le faire. L’Etat doit rester souverain. Technologiquement, c’est simple et possible.

MEDIA +

La radio est-elle l’oubliée de la réforme de la Loi Audiovisuel ?

ALAIN LIBERTY

L’ensemble des acteurs ont été invités lors de la première lecture de la Loi. J’ai alors pris la parole pour mettre en avant l’ambition de la réforme mais pour aussi demander quelle place occupait la radio. Elle est très peu présente. Sur le principe des quotas, le ministre a annoncé qu’il ne reviendra pas dessus et laisse la place aux discussions entre les différents acteurs du secteur. Oui, la radio est un peu l’oubliée de ce projet de loi.

MEDIA +

Au niveau des exigences et réglementations, Radio France est une exception. Êtes-vous jaloux de cette souplesse accordée au service public ?

ALAIN LIBERTY

Le SIRTI n’est pas jaloux. Le service public fait son travail et les bons résultats de Radio France le montrent. Je salue d’ailleurs les positions de Sibyle Veil sur la protection des droits voisins et sur la propriété intellectuelle des programmes radiophoniques. Concernant les quotas, en effet, nous assistons à une fracture concurrentielle entre la radio publique et privée. Nous pourrions solliciter l’amélioration des règles : Radio France devrait être la première voix d’expression de la francophonie et de la chanson française à la radio.

MEDIA +

Dans un monde en mutation, notamment technologique, quel avenir pour la radio ?

ALAIN LIBERTY

Aux USA, nous constatons un boom de la radio. Plus il y a des enceintes connectées et plus l’audience augmente. Il existe une facilité d’accès à la radio. Enfin, n’oublions pas le rôle social de la radio, c’est un membre du foyer. Nous avons de plus en plus accès à ce média : le DAB+ se développe, les technologies progressent. A ce sujet, une association nationale sera créée à la fin 2020 pour réaliser une grande campagne de sensibilisation pour promouvoir la technologie DAB+.