A. SWEENEY (Netflix) : «Tous les acteurs des médias sont obligés de se définir très clairement vis-à-vis des créatifs»

133

Nommée à plusieurs reprises «Femme la plus puissante dans le divertissement» par The Hollywood Reporter, Anne SWEENEY – qui a été longtemps Présidente de Disney/ABC Television Group – est aujourd’hui membre du Conseil d’Administration de Netflix. Entretien.

Avec l’introduction massive de Netflix, d’Amazon ou d’Apple sur le marché de la production, comment ces sociétés s’installent-elles sur le marché ?

Anne SWEENEY : Ces sociétés sont à la fois concurrentes et complémentaires. Concurrentes sur le plan du business. Complémentaires pour les producteurs qui détiennent des franchises. Ces derniers ont un choix multiple pour trouver la bonne distribution et le bon canal de diffusion. Pour cela, il faut saisir la spécificité de chaque société et voir comment ils vont utiliser «le produit». Les chaînes historiques sont loin d’être obsolètes ou ringardisées. Tous les acteurs des médias sont obligés de se définir très clairement vis-à-vis des créatifs. Les sociétés doivent être encore plus stratégiques concernant ceux qui produisent.

Comment percevez-vous les grandes tendances en matière de séries dans le monde ? 

Les chaînes de télévision et les acteurs de la SVOD introduisent, dans la majeure partie de leurs nouvelles séries, une écriture à la fois très pointue, surprenante et un développement particulièrement soutenu de leurs personnages. Ce qui est marquant, c’est l’aspect quasiment cinématographique des grandes fictions. La série est un art majeur.Mais qu’est-ce que l’excellence ? Un format novateur, un scénario, une mise en scène et une cinématographie ? C’est une alchimie de tout cela.

Cette ambition cinématographique sur les séries est-elle liée à la concurrence du marché ?

Chaque année, il y a 1.500 nouvelles séries qui sont créées dont 500 aux États-Unis. La concurrence est rude mais les opportunités sont nombreuses. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais les scénaristes qui écrivaient pour le cinéma focalisent leur travail de plus en plus vers la télévision, et inversement. Le champ des possibles est ouvert. Le curseur artistique a été fortement poussé.

Comment observez-vous la consolidation du secteur entre les grands groupes audiovisuels ?

Des consolidations, il en a eu beaucoup avec le câble il y a 10-15 ans quand j’ai commencé dans les affaires. Il y avait des groupes ambitieux, des fusions de sociétés et d’autres qui ont grandi organiquement. Dans tous les cas, c’est le consommateur qui a bénéficié de ces fusions. 

Le jeune public délaisse un peu la télévision. Quelle solution pour les retenir ? Il n’y a rien à faire à ce sujet. A chaque génération, une nouvelle technologie est introduite. Cela nous oblige à suivre les jeunes pour voir où ils vont et ce qu’ils consomment. Ce que j’ai appris en regardant ces mouvements du public, c’est qu’ils ne cherchent qu’une chose : de belles histoires.