Alain Aspect, 15ème Français à recevoir le prix Nobel de physique

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Beaucoup prédisaient la prestigieuse récompense à leur «mentor»: Alain Aspect, 15e Français à recevoir le prix Nobel de physique, a révolutionné le monde quantique en révélant l’étrange phénomène d’intrication, inspirant toute une génération de scientifiques. «On l’attendait tous depuis longtemps! Nous sommes très fiers», s’est félicité la ministre de la Recherche Sylvie Retailleau qui a connu le lauréat en tant que physicienne. En 1981, à l’Institut physique d’Orsay, Alain Aspect et son équipe réussissaient à intriquer pour la première fois deux photons (des «grains» de lumière) à 12 mètres de distance. Le physicien venait de démontrer expérimentalement une propriété totalement contre-intuitive de la mécanique quantique qui régit la matière à l’échelle microscopique: quand deux particules sont intriquées, leurs propriétés restant connectées quelle que soit la distance qui les sépare. Comme reliées par un fil invisible. «Ce qui domine toute ma vie de physicien, c’est d’avoir été obsédé par l’étrangeté quantique», expliquait Alain Aspect en 2010. Cette découverte venait enfin trancher, en laboratoire, une controverse vieille de plus de 60 ans entre Albert Einstein et l’un des pères de la physique quantique, le Danois Niels Bohr: le premier avait prédit l’intrication mais n’y croyait pas, le second, oui. «Bohr gagne d’un certain point de vue. Mais Einstein gagne parce qu’il a repéré quelque chose d’extraordinaire», a déclaré le récipiendaire français après l’annonce de sa distinction, «impressionné et fier» de figurer sur la liste des grands noms qui ont «totalement changé» le quantique. Dans un entretien à la Fondation Nobel, le chercheur a appelé la communauté scientifique internationale à rester unie face à la montée du «nationalisme» dans le monde. Sur le plan pratique, sa célèbre expérience a ouvert la voie à des technologies révolutionnaires comme l’informatique et le calcul quantiques, ou des communications ultra-sécurisées. Alain Aspect, fils d’instituteur né en 1947 à Agen, diplômé en 1969 de l’Ecole normale supérieure de Cachan, fut deuxième à l’agrégation de physique avant de devenir professeur à l’Université Paris-Saclay et à l’école Polytechnique. Membre de l’Académie des sciences, Alain Aspect a reçu de nombreux prix, dont la médaille d’or du CNRS, en 2005. Jusqu’au plus prestigieux lundi, aux côtés de l’Américain John Clauser et l’Autrichien Anton Zeilinger. «C’est fantastique!», s’est ému Georges-Olivier Reymond, président de Pasqal, start-up française qui développe un processeur quantique, cofondée avec Alain Aspect. «Tout ce que j’ai fait dans ma carrière, c’est grâce à lui». Il se souvient de la découverte, alors qu’il était étudiant. «Alain Aspect a réussi un tour de force qui nous a tous surpris. C’était tellement différent de ce qu’on apprenait à l’école… ça a donné envie à des générations d’étudiants». Sylvie Retailleau a salué de son côté un chercheur ouvert sur le monde de l’entreprise – il figure au conseil scientifique de grands groupes – qui «fait de la physique fondamentale à très haut niveau mais va jusqu’aux applications». «Il fait partie de ces mentors en physique. C’est toute une communauté qui travaille aujourd’hui sous sa houlette», a commenté la ministre qui a dirigé l’Université Paris-Saclay. Le 15e Nobel de physique français est aussi un «inlassable pédagogue» aux séminaires renommés, a ajouté Mme Retailleau. «Alain est très paternaliste avec ses étudiants à qui il sait transmettre sa passion, témoigne le président de Pasqal. C’est aussi un bon vivant qui peut vous raconter ses recettes de foie gras… Et je l’entends encore il y a 20 ans, nous disant avec son accent du sud-ouest «il faut créer des start-up dans le quantique, c’est l’avenir»…. Il avait raison». Agé de 74 ans, Alain Aspect est marié et père de deux enfants.