Altran : le procès des comptes truqués a débuté lundi dans une ambiance glaciale

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Le procès des comptes truqués de la société Altran a commencé lundi, plus de quinze ans après les faits, dans une ambiance glaciale en raison de divergences entre les anciens dirigeants.

Les principaux prévenus, les deux fondateurs de la société de conseil technologique, Alexis Kniazeff (74 ans) et Hubert Martigny (77 ans), ont affrmé devant le tribunal correctionnel de Paris qu’à partir de 1997 ils avaient «pris des distances» avec le fonctionnement quotidien.

Or ils sont jugés pour avoir gon é artificiellement le chiffre d’affaires de plusieurs dizaines de millions d’euros plus tard, en 2001 et au premier semestre 2002. «A cette époque notre rôle était essentiellement un rôle de représentation à l’extérieur», a dit M. Kniazeff. «En 2000, je ne faisais plus grand chose d’opérationnel», a déclaré pour sa part M. Martigny. Cette version a été contestée par certains des six autres prévenus.

La société Altran est également poursuivie en tant que personne morale. Frédéric Bonan, directeur général d’Altran à partir de 1997, a assuré que M. Kniazeff avait conservé une fonction «très opérationnelle», et que M. Martigny avait gardé un «rôle majeur», notamment de contact «avec les banques».

L’ex-directeur général a décrit avec force détails l’organisation des

locaux d’Altran, affirmant que son badge ne lui permettait pas d’accéder «sans être invité» à la zone où MM. Kniazeff et Martigny avaient leurs bureaux, surnommée «le bunker». M. Kniazeff a lui au contraire décrit M. Bonan comme un «électron libre» ayant pris de plus en plus d’influence jusqu’à devenir «la grande vedette» de l’entreprise, laquelle affichait à l’approche des années 2000 une croissance spectaculaire. «Pour être très franc, cela nous a gênés», a dit le fondateur à propos de cette influence prise par son ancien directeur général.

Un autre prévenu, interrogé par le président sur l’existence de «baronies» voire d’un système «féodal» au sein d’Altran, a pudiquement parlé de «luttes d’in uence».

Cinq prévenus ont déjà été sanctionnés pour ces malversations par l’Autorité des marchés nanciers (AMF), en 2007, pour des montants allant de 500.000 à 1,5 million d’euros pour la société elle-même. Selon la défense, ces sanctions devraient remettre en cause les poursuites pénales, en vertu du principe «non bis in idem» qui interdit les doubles condamnations.

L’affaire Altran, considérée comme l’un des plus grands scandales financiers de l’histoire récente en France, a tourné au fiasco judiciaire, avec valse des juges d’instruction et procédure bâclée.