Après The Crown, les figures féminines royales deviennent têtes d’affiche de séries

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Sissi, Diane de Poitiers, Catherine de Médicis, Marie-Antoinette: les figures féminines royales deviennent des têtes d’affiche de séries après le succès planétaire de «The Crown», témoignant de l’intérêt pour des récits autour de femmes illustres dont la vie n’est plus contée à travers les hommes mais dans toute leur complexité. En ouverture de bal de cette déferlante royale sur le petit écran, «The Serpent queen» diffusée depuis dimanche sur Starzplay, le service de vidéo à la demande de Lionsgate. La série, d’une rigueur historique relative, livre en 8 épisodes une version rock’nroll et cruelle sur la manière dont Catherine de Médicis s’est imposée en tant que souveraine et auprès de son mari, le futur Henri II, très amoureux de sa maîtresse Diane de Poitiers, incarnée par Ludivine Sagnier.  A la fin du mois suivra sur Netflix «The Empress», une série allemande en six épisodes sur l’accession au pouvoir d’Elisabeth d’Autriche, alias Sissi. Les groupes de télévision vont également aligner leurs propres histoires de majestés. Après l’opulente «Versailles», qui retraçait les 1ères années de règne du jeune Louis XIV, Canal+ replonge en octobre dans les intrigues de cour avec la série «Marie-Antoinette», 16 ans après le film culte et pop de Sofia Coppola. Enfin, France Télévisions diffusera d’ici à la fin de l’année la mini-série «Diane de Poitiers», projetée vendredi soir en avant-première au festival de La Rochelle, en France. Elle signera le retour en majesté d’Isabelle Adjani, près de 30 ans après avoir incarné Marguerite de Valois au cinéma dans «La reine Margot», entourée de nombreuses tête d’affiche dont Gérard Depardieu en Nostradamus. Pour l’historienne Marjolaine Boutet, cet effet de mode autour des reines a été impulsé par le «changement induit par la série «The Crown»», couvrant la vie de la reine Elizabeth II qui vient juste de décéder, ainsi que «par le personnage de Daenerys Targaryen dans «Game of Thrones»». «Par rapport aux représentations classiques, du type «Sissi» incarnée par Romy Schneider, on est davantage dans une représentation de la question du pouvoir du politique et de la façon dont les femmes font de la politique» et non plus simplement dans la présentation de «jolies princesses Disney», analyse la professeure de civilisation américaine à l’université Sorbonne-Paris-Nord. Même dans une série historico-sentimentale comme «La chronique des Bridgerton» sur Netflix, «les femmes sont actrices» de leur désir notamment dans la 1ère saison où le personnage masculin principal est «très clairement mis en scène comme l’objet du désir» et est poursuivi par sa prétendante, relève-t-elle. La nouveauté, d’après la spécialiste des séries, est que «ce désir sexuel ne les disqualifie pas mais (en fait) au contraire des femmes en maîtrise». Ces récits marchent si bien que la plateforme Starzplay en a fait «un pilier éditorial de son offre» entre «Becoming Elizabeth» sur Elizabeth Ière, «The Great» sur Catherine II de Russie ou «The Spanish princess» autour de Catherine d’Aragon, mentionne pour sa part Rémi Tereszkiewicz, fondateur de Betaseries, plateforme sociale francophone dédiée aux séries. «Les séries historiques cochent toutes les cases de ce qui peut faire une bonne série» sachant que pour les professionnels «les trois éléments fondamentaux sont : l’histoire, les personnages et l’univers», analyse M. Tereszkiewicz. Or là, «les histoires sont fortes et vraies, les personnages sont puissants, ils ont des dilemmes incroyables et beaucoup d’informations sont disponibles pour rendre les univers riches». Au-delà des têtes couronnées, le cadre historique séduit largement, des plus jeunes aux plus âgés, en témoigne le succès de séries telles que «Vikings» ou «Peaky Blinders», capables d’être en haut des classements d’audiences «au même titre qu’un très gros blockbuster de Marvel», avance-t-il.