«Around Video Art Fair»: une nouvelle foire internationale d’art vidéo à Lille

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Images surgies de la pénombre, transactions dans la lumière : collectionneurs et passionnés ont arpenté le temps d’un week-end les chambres et couloirs d’un hôtel lillois à la découverte de nouveaux talents de l’art vidéo. Une trentaine de galeries internationales ont participé au lancement d’»Around Video Art Fair», une toute nouvelle foire dédiée au genre, un thème qui en compte peu en Europe, à l’exception du festival «Loop» à Barcelone. «Une vingtaine d’artistes confirmés et une douzaine d’autres non représentés en galeries» auxquels les organisateurs, Renato Casciani, acteur culturel investi, et Haily Grenet, directrice artistique, ont voulu donner «une visibilité».Passionnés par cette branche de l’art contemporain, encore peu connue du grand public, ils se sont appuyés sur «les atouts de la région : Louvre Lens, Frac Dunkerque, LaM, Palais des Beaux-Arts et surtout Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains, considéré comme l’une des trois grandes écoles d’art vidéo dans le monde», expliquent-ils. Etudiante chinoise, diplômée en 2020, Yuyan Wang, 30 ans, originaire de Qingdao, à l’est de la Chine, en fait partie. Dans une chambre d’hôtel plongée dans le noir, elle présente «1.000 et une tentatives d’être un océan», un tsunami d’images sous-marines, industrielles, de foules ou d’éléments métalliques et naturels isolés, issues de «4.000 images provenant d’internet, sélectionnées pendant le confinement». «Les algorithmes sont comme des vagues sur internet, il est impossible de tout voir. J’ai essayé de traduire un précepte en méditation: «si tu ne veux pas te noyer, sois l’océan»», explique la jeune femme. Tandis qu’une voix lancinante répète en boucle «for you tonight» (pour toi/vous ce soir), la vidéo de Melle Wang tisse les images entre elles à l’écran, matière vivante travaillée comme de la peinture. Son geste artistique, «le montage», fait surgir sa «version d’images virales recyclées en objet d’art». Chambre 525, c’est le film d’Hanne Nielsen et Birgit Johnsen, qui intéresse Karima Célestin, ancienne galeriste et collectionneuse, fascinée «par cet art qui avance au rythme des nouvelles technologies». Intitulée «Camp Kitchen», la vidéo féministe pleine d’humour des pionnières du genre au Danemark  met en scène des femmes en cuisine, happées par les images de guerre qui défilent à la télévision et qu’elles essaient de repousser vers le monde extérieur. Des boîtes de conserve finissent par sauter comme des bombes dans une explosion de sablés et de farine, sur fond sonore des Pussy Riot, célèbre collectif féministe punk russe. Autre étage, autre atmosphère : un python géant, aux rayures noires et jaunes, projeté sur un mur, semble vouloir s’échapper de la pièce, et de son créateur, Bertrand Gadenne, 70 ans, élève de Roland Baladi, l’un des pionniers de l’art vidéo en France.Autre alcôve, autre décor : des théâtres italiens vidés de leur spectateurs, filmés par l’Italien Michele Spanghero (galerie Alberta Pane) qui s’intéresse à la relation entre le son et l’espace. A force d’enregistrements sonores successifs, filmés, il donne à entendre «la voix du théâtre silencieux, résonance à la crise du Covid». La vidéo et les nouvelles technologies «se sont imposées» à Emmanuel van der Auwera, 39 ans, artiste installé à Bruxelles et repéré depuis longtemps par le galeriste américain Harlan Levey. Il dit s’en servir pour «interroger notre rapport au réel, bouleversé par la consommation d’images sur internet et les mass médias». «Son art (vidéo) utilise tous les langages et montre les possibilités infinies de percevoir la réalité, c’est un vrai travail de chercheur», s’enthousiasme Harlan Levey.