Plus de 18 millions d’internautes connectés pour Brésil-Ecosse: avec ses audiences record en Coupe du monde, la chaîne YouTube CazéTV secoue le paysage médiatique au Brésil, tout en faisant grincer des dents avec ses publicités pour des paris sportifs. CazéTV fait un carton chez les jeunes, séduits par le style irrévérencieux de cette chaîne dont les commentateurs n’hésitent pas à se mettre en pyjama pour les retransmissions tard le soir. Mais, dans un Brésil fou de foot, c’est surtout le seul média qui diffuse l’intégralité des 104 matches du Mondial-2026, dont 49 exclusifs, gratuitement, au nez à la barbe de la puissante TV Globo et des autres médias traditionnels. Le triplé de Messi contre l’Algérie ? Seulement sur CazéTV. Seule détentrice des droits de la Ligue 1 au Brésil, la chaîne fondée en 2022 par le streamer Casimiro Miguel et l’agence de marketing LiveMode diffusera des matches des 5 principaux championnats européens la saison prochaine. Les clés du succès: un ton décontracté, des blagues à tout-va et des interactions constantes avec les internautes. «Les jeunes ne sont plus de simples spectateurs (…), ils veulent participer» aux retransmissions, dit Bruno Brum, de l’agence de marketing End to End. CazéTV a dépassé les 35 millions d’inscrits durant le Mondial. Mercredi, 18,3 millions d’appareils étaient connectés simultanément sur la chaîne lors de la victoire 3-0 du Brésil sur l’Ecosse, un record mondial pour un direct sur YouTube, selon la Fifa. Une augmentation exponentielle par rapport au Mondial-2022, quand la chaîne avait plafonné à 6,9 millions. C’était la 1ère grande compétition internationale dont elle avait acquis les droits de retransmission, avant les Jeux olympiques de Paris-2024, puis ceux d’hiver cette année. Figure de proue de ce projet ambitieux, Casimiro Miguel s’est fait connaître en tant que streamer à l’humour percutant sur la plateforme Twitch. Ivan Martinho, professeur à l’école de marketing ESPM, estime que la «vraie transformation» des retransmissions sportives est davantage liée au «comportement des consommateurs» qu’à l’évolution des nouvelles technologies. Le tout dans un pays ultra-connecté de 213 millions d’âmes qui compte plus de téléphones mobiles que d’habitants. «Depuis le début (…), notre public fait partie de la retransmission, c’est ce qui a façonné notre ton et notre format», dit Sérgio Lopes, cofondateur de LiveMode. Face à la multiplication des plateformes de streaming payantes et de plus en plus chères, Samuel do Carmo est ravi d’avoir accès à tous les matches de la «Copa» gratuitement. «Ce qu’ils font, c’est révolutionnaire», dit cet étudiant de 22 ans, venu spécialement à la Casa CazéTV, un lieu à Rio de Janeiro où les supporters peuvent assister aux matches diffusés par la chaîne sur des écrans géants. Amauri Segalla, directeur de l’hebdomadaire Veja, a fustigé dans une chronique la «manie de hurler à chaque action». À la Casa CazéTV de Rio, un mannequin géant à l’effigie de la star de la Seleçao Vinicius portait un t-shirt faisant la promotion d’un site de paris. Durant les retransmissions de la chaîne, des QR code menant à ce type de sites apparaissaient à l’écran et les commentateurs donnaient des conseils de paris en plein match. Cela a amené un organe public de défense des consommateurs à ouvrir cette semaine une enquête pour des soupçons de «publicité abusive». Depuis, CazéTV a «fait des ajustements (…) plus conservateurs», affirme Sergio Lopes. «Tout comme il serait insensé qu’un enfant voie à la télé quelqu’un lui dire: «Fume, c’est bon pour toi», c’est fou d’inciter les gens à parier pendant un match de foot», explique la députée de centre-gauche Tabata Amaral. Elle est porteuse d’une proposition de loi visant à limiter la publicité pour les sites de paris, qui s’affichent déjà sur les maillots de la plupart des clubs de 1ère division au Brésil.






























