Bernardo Bertolucci estimait qu’il resterait probablement dans les mémoires comme «un découvreur de jeunes actrices»

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A l’occasion d’une rencontre en novembre 2013 à Los Angeles, le réalisateur Bernardo Bertolucci, mort à Rome à 77 ans, avait évoqué son héritage, estimant qu’il resterait probablement dans les mémoires comme «un découvreur de jeunes actrices». «Cela m’importe peu», déclarait le cinéaste italien quand on lui demandait la postérité à laquelle il aspirait: «Mes films existent et les gens peuvent les voir», disait-il, à l’occasion de la présentation d’une version en 3D de son chef-d’oeuvre «Le Dernier empereur», qui lui valut 9 Oscars dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur en 1988.

«Mais quelquefois, ça m’amuse de penser qu’on se souviendra davantage de moi comme un découvreur de jeunes actrices que comme cinéaste», ajoutait-il. «J’en ai découvert tellement!». Et de citer pèle-mêle Dominique Sanda, qu’il a dirigée dans «Le Conformiste» (1970); Maria Schneider du sulfureux «Dernier Tango à Paris» (1972); Liv Tyler, dans «Beauté volée» (1996); ou Eva Green, qui a fait ses premiers pas devant sa caméra dans «The Dreamers» (2003), avant de faire carrière aux États-Unis. Malgré son impressionnante filmographie, il reconnaissait s’être «parfois trompé»: «Mais tous mes choix ont été sincères». Attaché à la pellicule, il a essayé de passer au numérique pour «Moi et toi» (2012), son dernier film… avant d’y renoncer. «La définition et la netteté étaient très grandes mais je voulais que le film ait une qualité impressionniste». Il n’en restait pas moins conscient des changements technologiques qui bouleversent le cinéma. «Bientôt, on regardera les films sur des paquets de cigarettes ou sur notre montre. Il faudra inventer des histoires capables de s’adapter aux différents formats».

«Si un jeune me demandait la chose la plus importante à faire pour commencer une carrière de cinéaste, je lui dirais d’être sincère et de suivre son coeur. Il est très important d’être complètement honnête dans ce que l’on fait». A la fin de sa carrière, le cinéaste avouait son admiration pour la nouvelle vague de séries télévisées américaines, notamment «Breaking Bad». «Les films, ces derniers temps, ne sont pas très intéressants, alors que les séries télévisées le sont énormément», disait-il, en déplorant notamment l’obsession du cinéma pour les montages saccadés.

Les séries, observait-il, «ont conservé le rythme que l’on trouvait auparavant au cinéma. Aujourd’hui, tous les films doivent être des films d’action, même s’ils ne le sont pas». «Dans les séries, on peut encore voir des personnages regarder des choses ou contempler le ciel».