Bolloré tente un nouveau coup de force sur Mediaset contre les Berlusconi

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Avec la montée surprise de Vivendi au capital de Mediaset, Vincent Bolloré tente un nouveau coup de force et veut contraindre la famille Berlusconi à une alliance entre les groupes audiovisuels français et italiens. Après l’échec du projet de mariage annoncé en avril entre Mediaset et Vivendi qui a débouché sur un conflit acrimonieux, Vivendi a joué la surprise en annonçant lundi soir détenir 3,01% du groupe italien et envisager de devenir son 2ème actionnaire en montant jusqu’à 20%. «C’est une nouvelle partie qui démarre et qui est plus brutale», reconnaît une source proche du dossier. Vivendi confirme vouloir envers et contre tout se renforcer dans le sud de l’Europe, en Italie et en Espagne, via Mediaset et persiste dans son projet de créer une plateforme de contenus audiovisuels du type d’un Netflix européen, poursuit cette source. Du point de vue de Vivendi, une consolidation européenne est nécessaire pour pouvoir produire des contenus pour la TV gratuite et payante et les distribuer de façon plus économique. Or Mediaset est la seule cible accessible sur le continent. Fidèle à sa méthode d’attaques par surprise, déjà éprouvée contre Havas, Gameloft ou Ubisoft, Vincent Bolloré ne dévoile pas sa stratégie mais se ménage plusieurs options, soulignent les analystes. Selon les analystes de ICPBI, le 1er but de Vivendi «pourrait être celui de «forcer» une solution sur le contentieux légal de Mediaset Premium». La famille Berlusconi, dont le holding Fininvest détient moins de 35% de Mediaset, a engagé des poursuites contre le groupe dirigé par Vincent Bolloré pour n’avoir pas respecté l’accord initial de mariage du 8 avril qui prévoyait une prise de contrôle par Vivendi de 100% du bouquet de chaînes payantes Premium et un échange de participations de 3,5%. Pour les analystes de Natixis, «l’objectif est (…) de pousser à des 1ères collaborations (probablement en demandant une place au conseil) mais aussi de se positionner dans la perspective d’une éventuelle restructuration du capital du groupe à moyen ou long terme». Interrogé, Vivendi souligne qu’il est «trop tôt» pour savoir si le groupe cherchera à entrer au conseil d’administration de Mediaset, et ne répond pas sur l’hypothèse d’une OPA. Mediaset, qui a creusé sa perte à 88,8 millions d’euros au 3T, est une cible relativement accessible avec une capitalisation de 3,2 milliards d’euros. Une participation de 20% de Mediaset coûterait à Vivendi quelque 640 millions d’euros au cours actuel, alors que le groupe a des réserves de liquidités 2,4 milliards d’euros. La famille Berlusconi a condamné fermement l’assaut mardi de Vivendi et semble prête à le contrer. Un analyste parisien se dit ainsi «sceptique sur l’intérêt de l’opération»: «elle est clairement hostile et on devrait assister à une aggravation du conflit avec la famille Berlusconi». Cela renforcera par ailleurs «l’exposition de Vivendi au risque politique italien avec des investissements dans 2 groupes italiens majeurs»,  note-t-il. Le groupe détient déjà 24,19% du capital de Telecom Italia dont il est devenu l’an passé le 1er actionnaire. Au final, si le projet industriel échoue, Vivendi pourrait revendre ses titres Mediaset, dont la valeur avait dévissé de près de 30% depuis le début de l’année, avec une plus-value intéressante. Ou encore se servir de sa participation pour un échange, une pratique que Vincent Bolloré affectionne et qu’il a déjà mis en oeuvre pour entrer dans Vivendi. Le patron de Vivendi mène par ailleurs des discussions avec le patron d’Orange Stéphane Richard sur une éventuelle prise de participation de l’opérateur français dans Canal+. Mais l’hypothèse d’un échange de participations entre Orange, Vivendi ou Telecom Italia, n’est pas à l’ordre du jour, assure-t-elle. Une entrée de Vivendi au capital d’Orange, dont l’Etat détient 23% du capital et 30% des droits de vote, devrait ainsi être approuvée par le gouvernement. «Les discussions portent autour de Canal+ et d’Orange, une prise de participation de Vivendi dans Orange n’est pas un sujet», tranche un porte-parole de Vivendi.