C. CUSE (Showrunner) : «Adapter une oeuvre en TV, c’est la réinterpréter»

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Créateur, scénariste et producteur de séries, Carlton CUSE est l’un des showrunners contemporains les plus reconnus grâce à des séries comme «Lost», «Bates Motel», «Jack Ryan», «The Strain», «Colony» ou encore «Nash Bridges» . Il nous partage sa vision du métier
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Disponible sur la plateforme Amazon Prime Video, votre série «Jack Ryan», dont la 3ème saison a été officialisée, suit les aventures d’un analyste prometteur de la CIA, personnage créé par le romancier américain Tom Clancy. Comment avez-vous appréhendé l’adaptation de la série pour Amazon ?
Carlton CUSE
Avant de démarrer l’adaptation, j’ai dû lire au moins sept romans de Tom Clancy. Cependant, il n’a jamais été question d’adapter ses livres à la lettre. Ses œuvres reflètent l’état du monde à l’époque où elles ont été écrites, c’est-à-dire entre la fin des années 80 et les années 2000. J’ai donc décidé de ne garder que les personnages principaux, et de me servir du nom du héros pour écrire un thriller géopolitique international complexe. Sans cette marque, peut-être que la plateforme ne m’aurait pas laissé faire la série.
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Quelles contraintes avez-vous rencontrée ?
Carlton CUSE
L’une des principales difficultés, quand on adapte un roman, est de donner un visage aux héros. Jack Ryan est un personnage intelligent et costaud à la fois, séducteur mais aussi vulnérable. John Krasinski, proche des téléspectateurs grâce à la série «The Office» était l’acteur idéal. Par le passé, quatre autres comédiens avaient incarné Jack Ryan : Alec Baldwin («A la poursuite d’Octobre rouge»), Harrison Ford («Jeux de guerre»), Ben Affleck («La Somme de toutes les peurs») et Chris Pine («The Ryan Initiative»).
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Vous avez officié pour «Bates Motel» (2013-2017), adaptation d’une œuvre d’Alfred Hitchcock… Pouvez-vous nous en parler?
Carlton CUSE
Il s’agissait d’un projet périlleux qui a débuté en 2013. Raconter l’adolescence de Norman Bates, le héros de «Psychose» d’Alfred Hitchcock, était un pari osé. Je ne pouvais pas rester dans l’ombre imposante de cet immense classique. Il fallait que je fasse un pas de côté. J’ai donc décidé non seulement de me pencher sur les années de formation de Norman et sa relation avec sa mère Norma. C’est un des personnages les plus célèbres de l’histoire du cinéma, mais on ne sait rien d’elle. On l’imagine responsable de la monstruosité de son fils. La série «Bates Motel» se demande au contraire si elle n’aurait pas pu être une mère aimante, qui fait son possible pour éviter qu’il ne devienne un psychopathe.
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Avez-vous d’autres projets d’adaptation ?
Carlton CUSE
Je souhaite adapter «Locke & Key», un comic book fantastique écrit par Joe Hill, fils de Stephen King. Pour imaginer une version de son histoire qui puisse convenir à la télévision, nous avons travaillé pendant six mois avec l’auteur. Dans le cas d’un comic book, on ne peut pas ignorer les images déjà existantes. Il faut imaginer une nouvelle dynamique. Reprendre planche par planche la bande dessinée serait terriblement barbant. Adapter, c’est réinterpréter. C’est ainsi que je perçois mon métier quand je m’attaque à un film ou à une série. C’est un travail d’appropriation. Pour bien adapter une œuvre, il ne faut pas la respecter et l’aimer.