Canal+ s’apprête à tailler dans ses effectifs en France

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Confronté à une concurrence exacerbée et à une érosion de ses abonnés directs sur son marché historique, le groupe de télévision payante Canal+ s’apprête à tailler dans ses effectifs en France, avec un plan de départs volontaires portant sur au moins 500 postes, soit près de 20% de ses effectifs hexagonaux. Ce plan de départs volontaires «va être présenté mardi aux représentants du personnel, lors d’une réunion du Comité social et économique (CSE)», a précisé une source proche du dossier, qui a requis l’anonymat, confirmant des informations publiées par la lettre professionnelle «Satellifax» et le site Les Jours. Après que «Satellifax» a évoqué un plan de départs «massif», ce jeudi, Les Jours avaient écrit à leur tour que le groupe voulait supprimer au moins 500 postes, soit «presque 18% des effectifs de Canal+ en France» (2.800 salariés, sur un total de 7.000 dans le monde). Selon le site, seuls les effectifs en France sont concernés et ceux de Canal+ International, la division qui gère les activités à l’étranger, seront épargnés. Une configuration qui traduit bien la situation difficile de Canal+ France, à la peine, qui contraste avec le dynamisme des activités du groupe à l’international (il est notamment présent en Pologne, en Afrique, au Vietnam, en Birmanie). Il a d’ailleurs annoncé récemment l’acquisition d’un opérateur européen de télévision payante, le groupe basé au Luxembourg M7, pour un peu plus d’un milliard d’euros, une opération qui va accélérer son développement hors de France. La filiale du groupe Vivendi fait en effet face sur son marché national à un contexte nettement plus ardu ces dernières années, avec d’un côté dans le sport la concurrence de BeIN Sports, SFR (Altice) et bientôt celle de Mediapro.Et, dans les films et séries, son autre pilier traditionnel, la chaîne cryptée et ses bouquets de chaînes payantes doivent faire face à l’essor accéléré des plateformes de vidéo sur abonnement comme Netflix et Amazon Prime. Cette double concurrence a entraîné une érosion de son parc d’abonnés directs en France et l’a obligé à lancer des services moins chers, comme la plateforme MyCanal et la nouvelle offre Canal+ Séries.

Le groupe comptait l’an dernier 16,2 millions d’abonnés dans le monde, dont 8,3 millions en France. Mais chez ces derniers, les abonnements individuels directs ont reculé de 300.000 par rapport à 2017, à 4,73 millions, les autres abonnés étant quant à eux issus de partenariats avec des opérateurs de télécoms. Ce n’est pas la 1ère fois que le groupe se résout à réduire ses effectifs. Il y a deux ans, il avait procédé à une restructuration de ses centres d’appel (centres de relation clientèle ou CRC) en France, entraînant la suppression d’un peu plus de 150 emplois. Outre ses difficultés dans la télévision payante, le groupe tombé dans l’escarcelle de Vincent Bolloré depuis sa prise de contrôle de Vivendi il y a 5 ans, cherche maintenant à faire des économies dans ses chaînes gratuites de la TNT (C8, CStar et CNews). Il a déjà sabré dans les programmes en clair de Canal+, ce qui a entraîné la disparition d’émissions emblématiques comme «Le Grand Journal» ou «Les Guignols», au grand dam des nostalgiques de l’»esprit Canal». Une recherche d’économies qui a poussé Thierry Ardisson vers la sortie, l’animateur producteur ayant refusé, selon ses dires, de réduire de moitié le budget de ses talks shows sur C8 «Les Terriens du samedi» et «Les Terriens du dimanche». D’après la publication «La Lettre A», la chaîne de la TNT, qui a perdu un demi-milliard d’euros depuis son lancement, a réduit de 22% sa perte d’exploitation l’an dernier, mais celle-ci ressort encore à près de 55 millions d’euros, tandis que CNews, l’ex-iTELE, en est à 166 millions d’euros de pertes cumulées depuis 2002.