Le maintien de l’édition 2026 du Sunny Side of the Doc a permis aux réalisateurs, aux producteurs et aux diffuseurs de se retrouver à La Rochelle pour répondre aux enjeux du documentaire. L’occasion pour media+ de faire le point avec Clara et Julia KUPERBERG, Fondatrices de Wichita Films.
media+ Quel bilan tirez-vous de votre présence au Sunny Side of the Doc ?
Julia Le Sunny Side of the Doc est un rendez-vous précieux. Il permet à l’ensemble de la profession de se retrouver quelques mois après le Fipadoc et de faire un point sur la situation du marché, particulièrement mouvante cette année. C’est l’occasion de reprendre contact, de relancer des projets et de voir comment évoluent les line-ups des diffuseurs. Dans ce contexte, le maintien de l’événement était essentiel.
media+ Le documentaire traverse une période compliquée. Êtes-vous impactées par le contexte économique ?
clara Oui, comme l’ensemble du secteur. Certains diffuseurs historiques avec lesquels nous travaillions, comme OCS ou Histoire TV, ont réduit ou arrêté leurs investissements dans le documentaire. Les budgets se contractent et les chaînes restent prudentes, notamment à l’approche des échéances électorales. Cela dit, le Sunny Side a aussi apporté quelques motifs d’optimisme. Nous avons été agréablement surprises de constater que plusieurs chaînes de la TNT et du câble, notamment au sein des groupes RMC et M6, continuent de soutenir fortement le documentaire. Cela montre que le paysage reste diversifié malgré les difficultés.
media+ Les problématiques de financement sont-elles les mêmes aux États-Unis, où vous produisez également de nombreux documentaires ?
Julia Non, et c’est même tout l’inverse. Les producteurs américains nous envient notre système de financement. En France, les obligations de production des diffuseurs et le soutien du CNC constituent un écosystème particulièrement favorable qu’il faut préserver. Aux États-Unis, il n’existe pas d’équivalent : les producteurs dépendent essentiellement des plateformes ou du financement participatif, dans un environnement extrêmement concurrentiel. Nous parvenons à y distribuer nos films parce qu’ils sont produits en anglais et pensés dès l’origine pour l’international. Pour un réalisateur américain, financer un documentaire reste souvent un véritable parcours du combattant.
media+ Votre méthode de production facilite-t-elle cette diffusion internationale ?
Clara Oui. Depuis de nombreuses années, nous travaillons selon le principe du «fair use», encadré par le droit américain. Nous faisons systématiquement intervenir des avocats et des assureurs américains afin de sécuriser juridiquement nos productions. Cette assurance est indispensable pour accéder à des plateformes comme Amazon, Apple, Peacock ou HBO. Elle garantit que le film est couvert en cas de litige et constitue souvent un prérequis à toute distribution. Depuis vingt ans, notre objectif est de produire des documentaires capables de circuler dans le monde entier, et pas uniquement sur le marché français.
media+ L’intelligence artificielle trouve-t-elle déjà sa place dans votre travail ?
Julia Oui, mais avec beaucoup de précautions. Ce qui nous frappe, c’est que les États- Unis disposent déjà de cadres éthiques plus structurés qu’en Europe sur certains usages de l’IA. Les diffuseurs et plateformes restent très réticents lorsqu’il s’agit de recréer ou modifier des archives historiques, car cela pose des questions de véracité des images. En revanche, l’IA est déjà largement utilisée pour des tâches comme la recherche documentaire, la traduction ou la préparation de dossiers. Son utilisation dans les contenus eux-mêmes demeure très encadrée.






























