Dans la tourmente, le groupe audiovisuel sud-africain SABC envisage de supprimer un tiers de ses effectifs

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Le groupe audiovisuel sud-africain SABC, dans la tourmente depuis plusieurs années, envisage de licencier près de 1.000 personnes, soit environ un tiers de ses effectifs, afin de réduire ses coûts, selon un document interne obtenu mardi. Dans cette note, la South African Broadcasting Corporation (SABC) a informé ses salariés de son intention de supprimer des emplois à tous les niveaux et dans tous les services, afin d’économiser 440 millions de rands (26 millions d’euros) par an. La SABC, qui possède trois chaînes de télévision et 18 radios qui diffusent dans les 11 langues du pays, explique qu’elle se trouve dans une «très mauvaise passe financière» et n’a pas obtenu de crédits de rallonge de la part du gouvernement ou des banques. Entre avril 2017 et mars 2018, le groupe audiovisuel a perdu 37 millions d’euros, après une perte record de 60 millions d’euros l’année précédente. A moins que des «mesures drastiques soient prises», l’entreprise qui est en «sureffectif» avec quelque 3.370 employés et 2.400 journalistes freelance ne sera plus viable, selon la note interne. «Si les licenciements sont nécessaires, il est envisagé que 981 employés puissent être licenciés», ajoute le document. Le plan social vise également à corriger «plusieurs exemples de promotions et augmentations illégales et irrégulières accordées à des employés», ajoute le document interne. La direction de la SABC a été minée par plusieurs scandales de corruption pendant la présidence de Jacob Zuma (2009-2018), contraint de démissionner en février en raison de nombreuses affaires. Au cours des dernières années, le Parlement a dissout à plusieurs reprises son conseil d’administration. «C’est inquiétant qu’un nombre aussi important d’emplois soient visés. Ce n’est pas un processus bien pensé», a réagi mardi Hannes du Buisson, président du syndicat des médias Bemawu. «Ce sont les interférences politiques dans le contenu éditorial de la SABC qui ont causé l’effondrement» du groupe, a-t-il estimé. Sous l’ère Zuma, la SABC a été soupçonnée de rouler pour le pouvoir, au point d’être accusée de censure. Plusieurs journalistes du groupe ont été victimes de mesures disciplinaires après avoir critiqué les choix éditoriaux de la SABC, tandis que d’autres ont été suspendus pour avoir passé outre les ordres de ne pas couvrir les manifestations violentes contre les services publics. Le principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique (DA), a appelé de son côté à un audit indépendant, estimant que le plan social était «incohérent et illogique». L’annonce de ces licenciements coïncide avec la publication des nouveaux chiffres du chômage, qui est passé de 27,2 à 27,5% entre le deuxième et le troisième trimestre 2018.