E. PRIOU (Bonne Pioche) : «Les nouvelles conditions sanitaires imposées représentent un surcoût de 5.000 euros par jour de tournage»

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Après un premier semestre compliqué en raison de la crise sanitaire, Bonne Pioche reprend les tournages progressivement. L’occasion pour média+ de dresser le bilan avec Emmanuel PRIOU, producteur et cofondateur de Bonne Pioche.

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Comment avez-vous géré cette situation de crise sanitaire ?

Emmanuel PRIOU

Les équipes de Bonne Pioche ont été en activité partielle durant la période de confinement. Nous avons profité de cette période pour peaufiner des projets et en développer de nouveaux. Avec les évolutions technologiques, nous avons tout de même pu terminer quelques projets en post-production comme notre film «Les ailes de Patagonie» avec Sylvain Tesson pour National Geographic et Voyage.

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Comment a été impactée votre branche spectacles vivants ?

Emmanuel PRIOU

En 2019, nous avions embauché un nouveau producteur, Sébastien Degenne. Avec ce dernier, nous avons monté une nouvelle activité au sein de Bonne Pioche avec la captation de spectacles vivants. Cette année, beaucoup de tournages ont été annulés ou reportés. Nous allons tenter de rattraper cette période difficile entre septembre et décembre.

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Bonne Pioche est également producteur de films. Quand reprenez-vous les tournages?

Emmanuel PRIOU

2020 était censée être une belle année pour Bonne Pioche Cinéma dirigée par Yves Darondeau. Nos projets ne sont pas annulés. Ainsi, nous démarrons en août le tournage de la suite du long-métrage «C’est quoi cette Mamie?». Pour ce troisième volet, nous retrouverons le casting original dont Chantal Ladesou. Une incertitude sanitaire demeure tout de même, et l’instauration des gestes barrières et des nouvelles conditions sanitaires représentent un surcoût de 5.000 euros par jour en moyenne. Mais ne nous plaignons pas, nous avons reçu de nombreuses aides de l’État.

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Les sorties en salles sont-elles assurées face à l’importante offre de la rentrée?

Emmanuel PRIOU

Trois de nos films sont assurés de sortir en salles lors de ce deuxième semestre 2020. En mars dernier, nous devions sortir notre film-documentaire «Le Feu Sacré». Ce dernier retrace le combat des 300 salariés de l’aciérie de Saint-Saulve, menacée de fermeture depuis 2018. Malgré l’afflux de nouveaux films sur le marché, «Le Feu Sacré» sortira le 21 octobre 2020 dans les salles de cinéma. Nous avons produit aussi le nouveau film de Nicolas Vanier : «Poly», l’adaptation des romans de Cécile Aubry. «Poly», pour les plus anciens, c’est ce feuilleton télévisé écrit et réalisé par Cécile Aubry dans les années 60. Nous avons tourné dans les Cévennes au printemps dernier avec François Cluzet, Julie Gayet et Patrick Timsit. Ce long-métrage sera en salles le 7 octobre prochain et nous visons un public familial. Enfin, nous coproduisons avec Rouge International, le premier long-métrage de fiction d’Antoine de Maximy pour une sortie en salles en le 16 septembre 2020 avec Alice Pol et Max Boublil.

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Quelles sont vos craintes à venir ?

Emmanuel PRIOU

La crainte de désengagement de certaines chaînes est présente. Elle est même avérée! RMC Story et RMC Découverte annulent, en raison de la crise économique, les contrats. Ce n’est pas un secret : depuis plusieurs années, les chaînes privées essayent de faire en sorte de baisser leurs obligations. Elles profitent de la crise comme prétexte pour faire baisser leurs obligations vis-à-vis du genre documentaire. Ce n’est pas normal et il ne faut pas que le groupe Altice donne le mauvais exemple. Pour rappel, dans les contrats, nous avons obligation de rembourser nos partenaires si nous ne tenons pas nos engagements. Après 27 ans de carrière, je découvre que cette clause est inexistante pour les diffuseurs. Encore une fois, ce n’est pas normal: tout diffuseur peut rompre un contrat sans explications.