Entretien avec Christophe MARGUERIE, Président de Telfrance

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Le groupe Telfrance est la 1ère société de production indépendante avec un catalogue de plus de 4 000 heures de programmes. Revenons d’abord sur les difficiles négociations entre France Télévisions et Telfrance concernant «Plus Belle la Vie»…
Christophe MARGUERIE
En mars 2009, les dirigeants de France Télévisions ont souhaité renégocier et se réapproprier un certain nombre de droits de «Plus Belle La Vie», et ce sans contreparties financières. Ils voulaient non seulement nous supprimer la clause d’audience mais aussi disposer de trois diffusions hertziennes, au lieu d’une seule, et de trois diffusions web. Nous leur avons dit très clairement qu’il était hors de question que nous leur octroyons tous ces avantages sans de justes compensations financières.

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Combien demandiez-vous financièrement à France Télévisions ?
Christophe MARGUERIE
Nous n’avons pas eu le temps de leur demander quoi que ce soit puisqu’ils ont essayé d’imposer leur dictat. En cela, nous sommes entrés dans une mécanique contractuelle et nous leur avons fait des demandes (financières) toutes aussi importantes que pouvaient être les leurs. Au final, après des mois de négociations viriles, nous avons trouvé un terrain d’entente pour renouveler le contrat «Plus Belle La Vie» jusqu’en septembre 2013.

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On a beaucoup parlé d’importantes marges producteurs pour «Plus belle la vie». Qu’en est-il vraiment ?
Christophe MARGUERIE
Il faut démystifier ce que l’on appelle la marge producteur. Il y a ce que coûte l’oeuvre (en termes de dépenses externes), et ce que coûtent les agrégats engendrés par l’entreprise (imprévus, frais généraux, salaire producteur, frais financiers). Si vous considérez ces agrégats comme une marge producteur, alors oui nous avons 20% de «marges».

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Quel est le bénéfice que vous réalisez sur une saison de «Plus Belle la Vie»?
Christophe MARGUERIE
France 3 apporte aujourd’hui 24,6 millions d’euros sur la saison 6. A cela vient s’ajouter le fond de soutien. Nous avons négocié avec la chaîne environ 7 000 euros de salaire producteur, frais généraux et imprévus par épisodes compris. Ces 7 000 euros sont multipliés par 260 épisodes. Et vous avez ce que je n’appelle pas la «marge producteur».

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Des guest stars bientôt dans «Plus Belle la vie» ?
Christophe MARGUERIE
Ce n’est pas notre philosophie. Nous ne voulons pas de vedettariat au sein de la série. «Plus Belle la vie» perdura au-delà des individualités.

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Quelle est votre démarche sur les produits dérivés ?
Christophe MARGUERIE
L’idée n’est pas d’avoir une démarche agressive. Nous essayons de lancer un ensemble de produits franchisés (vêtements, papeterie, jeux,…) qui puissent renforcer la série et la marque.
Suite de l’interview (Cf. Page 2…)

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Vous développez un portail multimédia «Plus Belle la Vie». Qu’en est-il ?
Christophe MARGUERIE
Nous allons mettre en place prochainement un univers multimédia atypique, novateur, structuré et offensif autour de «Plus Belle la Vie». L’idée est d’avoir une plateforme qui jongle avec la presse écrite, la téléphonie, le jeu, et le monde virtuel. Nous proposerons inévitablement des contenus exclusifs et payants avec par exemple des épisodes inédits uniquement tournés pour le web. C’est un projet qui représente un investissement de 500 000 euros. Le chantier a été confié à François Moullec, Président de la société Noproblemo.

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«Plus Belle la vie» s’exporte-t-elle à l’étranger ?
Christophe MARGUERIE
Il y a eu des démarches commerciales qui n’ont pas abouti. La notion de proximité que nous transmettons dans la série n’est pas considérée à sa juste valeur à l’étranger.

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L’industrialisation des séries télévisées demeure assez rare en France, vous ne trouvez pas ?
Christophe MARGUERIE
Le manque d’industrialisation des séries télévisées françaises est à déplorer. Avec «Plus Belle la Vie», nous avons industrialisé tous les stades de la production : de l’écriture au tournage en passant par la postproduction. A l’arrivée, nous sortons un épisode de 24′ pour 100 000 euros et 300 000 euros pour un 90′. Or, un unitaire oscille généralement entre 1,5 million et 2 millions d’euros.

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Que pensez-vous de l’échec de certains feuilletons quotidiens comme «Seconde Chance» sur TF1 ou encore «Paris 16ème» sur M6 ?
Christophe MARGUERIE
Chaque feuilleton doit s’inventer un style et ne surtout pas chercher à réaliser un patchwork de genres télévisuels existants. En regardant l’une des séries lancées l’année dernière, j’avais l’impression de regarder à un moment «Desperate Housewives», puis un instant plus tard «Plus Belle la vie». Un feuilleton doit être conçu pour une certaine tranche horaire et pour un public prédominant.

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France Télévisions réforme son organisation structurelle au niveau de la fiction. Quelle est votre réaction ?
Christophe MARGUERIE
Les choses me surprennent ! D’un côté, je lis qu’il est opportun de garder deux sociétés de cinéma au sein du groupe France Télévisions afin de garantir la pluralité et la diversité des oeuvres. D’autre part, on tient le discours inverse sur la fiction française et le guichet unique. Quand vous avez une organisation pyramidale qui concentre les pouvoirs, cela n’aide pas à la diversité ni à faire naître des genres nouveaux et encore moins à être stimulant. Ce n’est pas une mesure très saine. Nous sommes déjà dans un marché extrêmement fermé. Ce débat méritera d’être mis sur la table à la nomination du nouveau Président de France Télévisions.

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Séries américaines/Séries françaises, peut-on juger la fiction hexagonale à sa juste valeur ?
Christophe MARGUERIE
Je demande à Mr. Nicolas Sarkozy de réfléchir à la possibilité de mettre en place des premières parties de soirées exclusivement dédiées à la fiction française sur l’ensemble des grandes chaînes hertziennes et ainsi suspendre la diffusion de séries américaines une ou plusieurs fois par semaine. Cela serait une façon de faire renaître une compétition à armes égales des fictions françaises à la télévision. Si les chaînes hertziennes (publiques et privées) avaient une soirée dédiée à la fiction française, les chaînes devraient avoir envie d’y investir.

LES DIRIGEANTS
Christophe MARGUERIE
Président du groupe Telfrance

COORDONNEES
Groupe Telfrance
71, rue de la victoire
75009 Paris
France

DATE DE CREATION
1949

PRODUCTIONS
«Plus Belle la Vie» (F3), «Soeur Thérèze.com» (TF1), «Louis La brocante» (F3)

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