À l’occasion du lancement de «Pif & Hercule se mettent au vert» sur CANAL+ KIDS le 4 avril, Jérôme Mouscadet, co-fondateur de Dada ! Animation, revient sur la genèse de ce projet engagé, les choix créatifs audacieux qui l’accompagnent et les enjeux actuels d’un marché de l’animation en pleine mutation.
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Comment est née l’idée de relancer «Pif & Hercule» à travers une thématique environnementale ?
Jérôme MOUSCADET
En réalité, l’idée vient directement de Pif & Hercule SAS, et plus précisément de Frédéric Lefebvre, qui édite le magazine «Pif Gadget». Il souhaitait s’inscrire dans une ligne éditoriale moderne, centrée sur des thématiques ludo-éducatives : le dérèglement climatique, la sécurité alimentaire, la sécurité routière… Autant de sujets liés au «bien-vivre» qui cohabitent aujourd’hui avec l’ADN historique du magazine, fondé sur la bande dessinée. Frédéric Lefebvre a donc voulu décliner cet univers en animation. Le projet a été adressé à Quad, qui s’est ensuite tourné vers nous, chez Dada ! Animation, en raison de notre expertise dans la production de séries animées. Nous avons alors développé le concept avec Sophie Decroisette, directrice éditoriale du studio, et celui-ci a été validé par CANAL+. Le pari était assez original : proposer un programme court, ludo-éducatif, mais avec un ton assez direct, presque radical. On parle aux enfants de dérèglement climatique de manière très concrète, sans détour. Le choix de «Pif & Hercule» s’est imposé naturellement : ce sont des personnages connus des parents, moins des enfants, ce qui permet de créer un pont intergénérationnel et d’ouvrir le dialogue en famille sur ces sujets essentiels.
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Le format court de 3 minutes 30 impose un rythme très spécifique …
Jérôme MOUSCADET
Chez Dada ! Animation, nous sommes habitués à «formater» dans le bon sens du terme, c’est-à-dire à construire des mécaniques narratives efficaces. Chaque épisode suit une structure claire : une problématique est posée, Hercule réagit avec ses arguments, puis une explication visuelle intervient, avant une immersion dans un environnement réel qui permet de conclure sur une prise de conscience. Ce cadre nous permet de garder une cohérence tout en introduisant, à chaque épisode, des éléments originaux ou des touches d’humour. L’objectif est de maintenir un rythme soutenu et une lisibilité immédiate, sans jamais perdre le spectateur.
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«Pif & Hercule» sont des personnages iconiques. Comment avez-vous modernisé leur univers ?
Jérôme MOUSCADET
Le premier enjeu était graphique. C’est la première fois que «Pif & Hercule» sont réalisés en 3D, ce qui a nécessité un important travail de recherche. Il existe de nombreuses versions des personnages, selon les auteurs et les époques. Nous avons donc proposé notre propre interprétation, en respectant leur essence. Ensuite, nous avons modernisé le ton, notamment grâce aux dialogues. Le casting a été déterminant. Nous avons choisi d’enregistrer les voix très tôt dans le processus, ce qui est assez inhabituel. En général, les voix définitives arrivent en fin de production. Là, nous voulions préserver la spontanéité et la complicité entre les comédiens. Esteban et Roman Doduik se sont imposés naturellement, avec une vraie alchimie. Leur énergie donne au programme un côté très spontané, presque comme un vlog YouTube non préparé, ce qui renforce la proximité avec le jeune public.
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Ce projet s’inscrit-il dans la stratégie éditoriale de Dada! Animation ?
Jérôme MOUSCADET
Oui, totalement. Même si le studio est jeune (cinq ans seulement), nous avons tous entre 25 et 30 ans d’expérience. Nous avons déjà développé des programmes ludo-éducatifs, comme «Capitaine Tonus», diffusé sur Lumni après un passage sur Disney+. Notre ambition est claire : proposer des contenus qui ont du sens, tout en restant divertissants. Nous voulons parler intelligemment aux enfants, les amener à réfléchir, sans jamais les ennuyer. Nous cherchons également à décloisonner l’animation, en travaillant aussi bien sur des projets documentaires que sur de la réalité virtuelle. Aujourd’hui, nous avons plusieurs projets en développement, mêlant licences connues et créations originales, toujours avec cette volonté d’apporter du fond.
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Comment voyez-vous évoluer le marché de l’animation aujourd’hui ?
Jérôme MOUSCADET
Le marché est très compliqué. Le financement des séries est devenu extrêmement difficile, pour des raisons multiples. La principale évolution, c’est que les enfants ne regardent plus la télé comme avant. Lorsque j’ai travaillé sur «Code Lyoko», on atteignait plus d’un million de téléspectateurs. Aujourd’hui, 300.000, c’est déjà un très bon score. Les usages ont basculé vers Internet et YouTube, qui représentent environ 30% de l’audience. Or, une grande partie de la valeur économique échappe aux acteurs locaux, notamment à cause des modèles publicitaires internationaux. Le secteur a connu des restructurations, des faillites, des concentrations. Nous traversons une période difficile, mais j’ai envie de croire que nous avons atteint un point bas et que le marché va se stabiliser. Chez Dada ! Animation, nous avons la chance d’être une structure agile, ce qui nous permet encore de défendre des créations originales. Mais aujourd’hui, chaque projet original qui aboutit est une véritable victoire.
LES DIRIGEANTS
Jérôme Mouscadet
Quentin Auger
Co-fondateur
COORDONNEES
15-17 rue de Sambre et Meuse
75010 Paris
DATE DE CREATION
2021
PRODUCTIONS
«Pif & Hercule se mettent au vert»,
«Capitaine Tonus»…




































