Eric Zemmour: une notoriété acquise dans les médias, entre show et business

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Il crie régulièrement à la «censure», fait mine de viser des journalistes avec un fusil, mais Eric Zemmour doit son ascension à des médias qui lui ont permis de diffuser ses idées avant sa candidature à la présidence.Le journaliste politique commence sa carrière en 1986 au «Quotidien de Paris», avant de devenir au fil du temps l’un des invités favoris des plateaux de télévision, qui raffolent de ses provocations et des pics d’audience qu’elles suscitent. La consécration lui est offerte en 2019 par Vincent Bolloré, patron du groupe Vivendi, dont la chaîne d’information en continu CNews lui offre une émission quotidienne en début de soirée, «Face à l’info». Là, il peut s’exprimer, exposer ses idées et sa vision du monde sans véritable contradicteur, pendant deux ans. «L’émission était entièrement à sa gloire, organisée autour de lui», affirme Alexis Lévrier, historien du journalisme. En septembre 2021, estimant que Zemmour était désormais «un acteur du débat politique national», le Conseil supérieur de l’audiovisuel impose aux médias de décompter sont temps de parole. CNews demande alors à Zemmour de cesser sa participation à cette émission quotidienne. Mais le polémiste d’extrême droite ne disparaît pour autant des médias de la galaxie Bolloré. «Il est plus présent sur CNews qu’avant!», estime Philippe Riutort, sociologue des médias. «Zemmour est le sujet numéro 1. Lors de son déplacement à Londres par exemple (les 19 et 20 novembre), les caméras de CNews sont sur place et on interrompt le plateau pour montrer Zemmour dans la salle de conférence», détaille-t-il. Autre exemple: invité de l’émission de CNews «Face à la rue» le 25 octobre au matin, Eric Zemmour demande à une jeune musulmane, invitée pour l’occasion, d’ôter son voile. Et le soir, la jeune femme vient expliquer son geste dans «Touche pas à mon poste», rendez-vous phare de C8, autre chaîne de l’empire Bolloré.Et sur Europe 1 (qui fait l’objet d’une prise de contrôle par Vivendi), lorsque le ministre de l’Economie Bruno Le Maire dit qu’il ne partage pas le diagnostic d’Eric Zemmour sur l’état de la France, la journaliste Sonia Mabrouk lui rétorque qu’«il ne voit pas la réalité». «Il occupe tellement le terrain que c’est compliqué pour les autres médias de ne pas en parler, d’autant qu’il ne se passe pas encore grand chose dans la campagne présidentielle», estime Philippe Riutort, enseignant à l’université Paris-Nanterre. Eric Zemmour apparaît à la télévision en 2003 avec «Ça se dispute», sur la chaîne d’information en continu I-Télé (groupe Canal+). Il accède à la notoriété trois ans plus tard, avec «On n’est pas couché», l’émission de Laurent Ruquier sur France 2. Entre 2006 et 2011, Zemmour officie dans ce talk-show de la chaîne publique chaque samedi soir en tant que chroniqueur de droite, souverainiste, aux côtés d’un homme de gauche, Michel Polac puis Eric Naulleau. Ses propos «étaient alors équilibrés par la présence d’un chroniqueur de gauche», estime l’historien Alexis Lévrier. «Ruquier fixait les agendas et les sommaires et n’hésitait pas à recadrer» le trublion de droite. Remercié par Ruquier à la fin de la saison 2011, Zemmour reste néanmoins très présent sur les plateaux de télévision et émissions de radio, malgré ses condamnations pour provocation à la haine raciale ou religieuse en 2011 et 2018. Sur RTL, alors radio la plus écoutée de France, il dispose d’une chronique depuis 2010, d’abord quotidienne, puis deux fois par semaine à partir de 2012. La radio met fin à cette collaboration en octobre 2019, quelques jours après un discours violemment anti-immigration et anti-islam. Côté presse écrite, Eric Zemmour tient la plume dans «Le Figaro» ou «Le Figaro Magazine» depuis 1996. Il est en congé du quotidien conservateur depuis septembre, pour «rencontrer les Français» en s’appuyant sur la sortie de son nouveau livre.