Festival du film français d’Hollywood: entre Jean-Jacques Annaud et Los Angeles, une véritable histoire d’amour

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Entre lui et Los Angeles, c’est une véritable histoire d’amour: le réalisateur Jean-Jacques Annaud est revenu mardi sur son tropisme américain, avant la 1ère aux Etats-Unis de son film «Notre-Dame brûle», en ouverture du festival du film français d’Hollywood le mois prochain. «Je n’aurais jamais fait les films que j’ai tournés sans l’amitié et le soutien complet des grands studios américains», a confié le cinéaste, auteur de superproductions comme «Sept ans au Tibet», «Stalingrad» ou «Le Nom de la Rose». A 78 ans, le réalisateur reste le Français avec le plus d’affinités pour le goût hollywoodien du spectaculaire.Si «Notre-Dame brûle», qui retrace l’incendie ayant manqué de détruire entièrement la cathédrale parisienne en 2019, est une production française, le long-métrage oscille entre thriller haletant et film catastrophe. Un style à même de plaire au public du Festival américain du film français (TAFFF, anciennement Colcoa), qui le découvrira bien après sa sortie en France en mars. Des 1ères fumées jusqu’à l’extinction complète du feu 15 heures plus tard, au prix d’un combat acharné des sapeurs-pompiers, la menace des flammes sur le joyau gothique de la ville lumière constituait «un drame incroyable, digne d’un scénariste d’Hollywood», a estimé M. Annaud. «Je suis proche de Notre-Dame en ce moment, et loin de Los Angeles», a poursuivi ce chantre du cinéma épique. «Mais une partie de mon coeur reste à Los Angeles». Sean Connery, Brad Pitt, Jude Law… Quelques-uns des plus grands acteurs d’Hollywood sont passés devant la caméra de Jean-Jacques Annaud. Aux Etats-Unis, le réalisateur a toujours eu les moyens de ses ambitions. «En Amérique, j’ai constaté qu’on investit pour tenter de sortir le meilleur film possible, le plus spectaculaire, le plus attirant», a expliqué l’artiste. «Tandis qu’en France, la règle c’est d’essayer de produire moins cher, pour tricher en quelque sorte. Moins cher, c’est plus facile à faire». Malgré ses racines françaises, le cinéaste n’a été que peu inspiré par la Nouvelle Vague, mouvement né dans l’Hexagone à la fin des années 50 et qui a durablement marqué l’histoire du septième art. L’accent sur les dialogues, instillé par les films de l’époque, reste pour lui secondaire. Le réalisateur apprécie la manière américaine de filmer, centrée sur le mouvement et les prouesses visuelles. «Le cinéma, c’est l’art de raconter des histoires palpitantes visuellement. Sinon c’est autre chose, c’est de la radio télévisée», a ajouté M. Annaud. «Si nous avons le privilège d’être sur grand écran, c’est pour le remplir, pas pour y mettre des gens qui parlent comme dans des émissions de télé». «En France, les films onéreux sont vus comme injustes», a poursuivi le réalisateur. «On critique les films tournés en studio, on critique le fait de construire des sets, on critique les effets spéciaux». Malgré cela, le cinéma français «produit heureusement chaque année quelques joyaux» dans sa propre veine, a-t-il concédé. Pour «Notre-Dame brûle», Jean-Jacques Annaud a notamment tourné dans les cathédrales de Sens et de Bourges, en plus d’impressionnantes scènes de feu reconstituées en studio.Le réalisateur mélange également les scènes jouées par des acteurs avec des éléments du réel. Entre fiction et images documentaires, le spectateur revit l’embrasement du toit de la cathédrale du XIIe siècle et la chute de sa flèche, sous le regard horrifié de millions de personnes. «Partout dans le monde, cette cathédrale était bien plus qu’un symbole de Paris ou de la France, ou même du catholicisme ou de la chrétienté», a jugé l’artiste. «C’était une sorte de métaphore, sur la peur de l’effondrement de la culture occidentale». Le Festival américain du film français se tient du 10 au 16 octobre à Los Angeles.

Pour cette 26e édition, la programmation inclut notamment le film «Hawa» de Maimouna Doucouré, dont le premier long-métrage «Mignonnes», diffusé par Netflix, avait créé la polémique avec ses protagonistes adolescentes hypersexualisées.