Feurat Alani remporte le prix Albert-Londres en «quête perdue d’un Irak heureux»

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J’ai toujours pensé que la jeunesse irakienne allait prendre la rue», avec une situation qui «depuis 2003 n’a fait qu’empirer», confie le journaliste franco-irakien Feurat Alani, lauréat du Prix du Livre Albert-Londres pour «Le Parfum d’Irak» (Editions Nova et Arte éditions).Le texte, illustré par le dessinateur Léonard Cohen, évoque l’histoire récente de «la chute d’une nation, la quête perdue d’un Irak que j’ai vu heureux et qui, au fur et à mesure que je grandis, descend et devient un chaos total», explique l’auteur. Il est récompensé au moment où l’Irak fait face depuis le 1er octobre à une contestation sociale qui a dégénéré en profonde crise politique.Le jury a qualifié l’ouvrage «d’Ovni littéraire» pour sa forme: un millier de tweets postés à l’été 2016 par Feurat Alani, formant autant de paragraphes en 140 caractères. «Des mots lancés comme ça» sur Twitter, décrit-t-il aujourd’hui. Il y évoque la guerre avec l’Iran (1980- 1988), puis l’occupation du Koweït par les troupes irakiennes (1990), ensuite l’embargo implacable qui fait du sucre et des chaussures Reebok des trésors quasi introuvables, l’invasion américaine de 2003, qui s’accompagne d’une montée en puissance des divisions religieuses nourries par les milices et les mouvements extrémistes.«Le Parfum d’Irak» revient sur la descente aux enfers d’un pays connu comme le berceau de la civilisation, mais démarre avec un souvenir empreint d’une joie d’enfant, de chaleur familiale: une glace à l’abricot -»l’une des meilleures de toute ma vie»- écrit l’auteur de 39 ans, né à Paris. Le souvenir d’un Irak «heureux», en dépit de la dictature féroce de Saddam Hussein. «C’est mon père -opposant à Saddam Hussein exilé à Paris- qui, la première fois, m’a permis d’aller en Irak», rencontrer pendant deux mois le reste de la famille, sans pour sa part se joindre au voyage. «J’avais neuf ans en 1989, la seule année de paix de ces 40 dernières années en Irak», raconte Feurat Alani, dans son appartement de Dubaï. L’enfant de 1989 devenu journaliste -il a créé sa propre agence de production- a dédié l’Albert-Londres à son père, décédé trois semaines avant la remise du prix, «parce que quelque part mon Irak, l’Irak que j’ai vu, l’Irak qui est un peu ma quête perdue, c’est aussi l’histoire de mon père». Le prix récompense chaque année les meilleurs grands reporters francophones, dans les catégories presse écrite, presse audiovisuelle et depuis 2017, livre.