France Télécom: les moments forts d’un procès inédit

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Le tribunal correctionnel rend vendredi son jugement dans le procès de France Télécom et de ses ex-dirigeants, qui ont comparu de mai à juillet pour «harcèlement moral». Voici les moments forts de ce procès inédit pour une entreprise du CAC 40, qui s’est tenu dix ans après le suicide de plusieurs salariés du groupe.

– La solennité de la présidente : «Juger, c’est aimer écouter, essayer de comprendre, et vouloir décider», déclare Cécile Louis-Loyant à l’ouverture et à la fin du procès. «Ces mots ont aujourd’hui une puissance exceptionnelle. L’attente de parler, de comprendre est forte. Le tribunal le sait. Forte car ancienne, elle remonte à 10 ans. Forte car douloureuse, certaines voix se sont éteintes», dit-elle à la première audience. Le dernier jour, elle évoque l’émotion «omniprésente» tout au long du procès. «L’émotion n’est pas le droit. Mais le tribunal espère que le partage de ces douleurs les aura rendues moins insupportables». 

– L’ex-PDG rejette toute crise sociale : Didier Lombard ne s’était pas exprimé depuis 2010 sur la crise et ses premiers mots devant le tribunal étaient très attendus. En 2009, au pic de la crise, il avait parlé d’«une mode des suicides», déclenchant une vive polémique. A la barre, dans les premiers jours de son procès, il préfère évoquer l’»effet Werther», selon lequel «si vous parlez des suicides, vous les multipliez».Pour l’ex-PDG, France Télécom n’a pas traversé une «crise sociale» mais une «crise médiatique». Dans la salle, le public, qui compte de nombreux salariés de l’entreprise, désapprouve vivement.

– Patrick Ackermann, la cote numéro 1: En septembre 2009, le délégué syndical SUD-PTT dépose la première plainte contre la direction de l’entreprise. Il est donc la cote numéro 1 dans ce dossier qui en compte plus de 4.000. «L’été 2009, il y avait un suicide par semaine: ça a été pour nous un traumatisme», se souvient-il. Patrick Ackermann se tourne vers ses ex-patrons: «Votre boulot, c’était d’aller voir les familles. Vous n’avez même pas eu la dignité de contacter ces gens-là».

– Le cours du psychiatre Christophe Dejours : «Dans le bâtiment, lorsqu’il y a un accident mortel, on arrête le chantier. Pourquoi ne le fait-on pas dans une entreprise après un suicide?», interroge le psychiatre. «Ce ne sont pas les paresseux, les tire-au-flanc qui se suicident au travail mais les plus impliqués», explique ce spécialiste. «L’ardeur au travail, en cas de mise au placard, peut se retourner en une véritable menace pour l’état psychique». «Quand ça va mal du côté de l’amour, on sauve sa vie psychique par le travail. Inversement, quand ça va mal dans le travail, toute la sphère affective et familiale finit par se dégrader». Mais pour Christophe Dejours, «il n’y a pas de fatalité. (…)L’organisation du travail, ce sont des choix, des décisions humaines».

– «Vous pleurez M. Lombard?»: Louis-Pierre Wenès, l’ex-numéro 2 de l’entreprise, le «cost killer» qui semblait le plus rigide, est le premier à se laisser aller à l’émotion. Didier Lombard verse lui une larme en pensant «aux dames de Cahors», des salariées qu’il était allé voir pour annoncer le maintien du site.   – «J’ai reçu ensuite des mails gentils de ces dames. C’est important pour moi». – «Vous pleurez ou vous toussez M. Lombard ?», interroge la présidente alors que le prévenu a apparemment la gorge serrée.

– «Je pleure. (…) On pense que je n’ai pas de coeur, mais ce n’est pas vrai».

– La colère de Noémie Louvradoux: La colère de la fille de Rémy Louvradoux, qui s’est suicidé en s’immolant par le feu sur un parking de France Télécom, résonne encore. «Ils ont assassiné mon père, ils ont volé notre vie», dit-elle avant de citer un à un les noms des prévenus. «Mon père, vous l’avez tué. Tout ça pour quoi?». «L’immolation par le feu a permis de comprendre la mesure de la violence qu’il avait subie et qu’il a retournée contre lui-même».

   Et encore: «La mort de mon père, c’est la réussite de leur objectif».