G. BOULEAU (TF1) : « On reste sur notre ligne qui a toujours été de donner la priorité au reportage »

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Fortement suivi pendant la crise sanitaire ces dernières semaines, le JT de 20 heures de TF1 a tiré son épingle du jeu. A travers une édition rallongée à 50 minutes en moyenne, entre 7 et 10 millions de téléspectateurs ont suivi le rendez-vous d’information. L’âge moyen du téléspectateur est même passé de 56 à 52 ans pendant la période. Afin de dresser un bilan du travail effectué par la rédaction et évoquer les perspectives, média+ s’est entretenu avec le journaliste Gilles BOULEAU, à la tête du JT de 20 heures de TF1 depuis 2012.

MEDIA + 

Pendant la crise, les JT n’ont jamais été autant regardés. Ont-ils retrouvé leur lettre de noblesse ? 

GILLES BOULEAU 

Je n’ai jamais pensé qu’il y avait un déclin inexorable des journaux télévisés. Que plus de 7 millions de téléspectateurs nous regardent, ça ne me surprend pas tant que cela. Dans une telle période de crise sanitaire, sociale et économique, le public a plus que jamais besoin de repères et de certitudes. Confrontés à un flux ininterrompu d’informations, de rumeurs, de «fake news», les Français ont un besoin absolu d’une boussole, d’expertise, d’éclairage et de partage du savoir. Nous proposons ainsi un journal à ciel ouvert, dans lequel nous partageons jour après jour ce que nous savons et ce que les scientifiques nous apprennent. 

MEDIA + 

Grâce au confinement, pensez-vous avoir acquis de nouveaux fidèles ? 

GILLES BOULEAU 

Je l’espère. J’ai reçu de nombreux messages d’encouragement qui étaient d’ailleurs destinés à toute la rédaction. Beaucoup ont redécouvert le journal de TF1, louant ainsi sa tenue, sa précision et son humanité. S’adresser au plus grand nombre, à toutes les opinions politiques et à toutes les origines sociales, c’est un challenge à la fois beau et compliqué. C’est pourquoi, notre conférence de rédaction du matin dure longtemps (parfois de 9h à 11h30), pour répondre aux bonnes questions et trouver les bons angles. 

MEDIA + 

Éviter d’être trop anxiogène, est-ce une priorité ? 

GILLES BOULEAU 

La nature même de l’actualité est anxiogène puisque nous sommes en crise. Sans pour autant cacher la gravité de la situation, il fallait veiller à ne pas en rajouter. Au début de l’épidémie, en mars, après plusieurs jours de négociation, nous avions obtenu qu’un hôpital autorise l’une de nos équipes à tourner en réanimation. Il nous semblait nécessaire de montrer cette réalité. Mais au bout de quelques jours, face à la dureté des images, j’ai trouvé ça difficilement supportable. Nous avons alors décidé de prendre un peu de recul et de filmer les patients en plans plus larges. Nous avons raconté la vie telle qu’elle est. Nous avons montré la faculté d’adaptation des Français face à cette pandémie. L’une des grandes victoires de la rédaction est d’avoir su capter tous ces instants de vie. Dans ces conditions de travail compliquées, toutes les équipes de l’Info ont réalisé un travail remarquable. 

MEDIA + 

Tendance très marquée dans les JT, celle d’un traitement de plus en plus magazine. Est-ce pour vous différencier des chaînes d’info ? 

GILLES BOULEAU 

La différence avec les chaînes d’info se fait avant tout par une prise de recul par rapport à l’actualité. Mais, que ce soit en période de grands événements festifs, de liesse populaire, ou au contraire de guerre, de crise ou d’attentat, notre JT a des codes et une identité. Ce n’est ni un magazine, ni un talk-show, ni un rendez-vous d’experts. C’est une fenêtre ouverte sur le monde. Au fond, on reste sur notre ligne qui a toujours été de donner la priorité au reportage. 

MEDIA + 

La chasse aux infox, une bataille de plus en plus rude à mener ? 

GILLES BOULEAU 

Il ne faut pas nécessairement accorder 2 minutes de notre temps à un obscur site complotiste moldo-valaque ! En revanche, remettre les idées au carré, dire ce que nous savons, questionner les zones d’ombre et les incertitudes, il faut le faire, c’est notre rôle. J’ai une grande religion dans ma vie de journaliste, celle des faits. 

MEDIA + 

Comment va évoluer votre JT la saison prochaine ? 

GILLES BOULEAU 

Puisque le cours de la vie reprend progressivement, nous allons en rendre compte. Mais, quand pourrons-nous aborder d’autres thèmes que ceux liés de près ou de loin au coronavirus et à ses conséquences ? Je ne sais pas. De même, concernant la longueur des journaux, qui durent actuellement entre 45 minutes et 1 heure (contre 35 minutes en temps normal), nous allons voir. Progressivement, il y aura sûrement une décrue naturelle de la longueur de nos éditions. 

MEDIA + 

Cette diminution de la longueur du JT sera-t-elle liée à l’actualité ou au retour des annonceurs ? 

GILLES BOULEAU 

On ne se pose pas la question en ces termes. Le moment venu, cette diminution sera liée à l’évolution de l’actualité et au besoin d’information de nos téléspectateurs. 

MEDIA + 

A l’instar de vos confrères sur les chaînes concurrentes, aimeriez-vous animer d’autres programmes ? 

GILLES BOULEAU 

Mes envies sont déjà satisfaites ! Avec ma camarade Anne-Claire Coudray, je m’occupe des spéciales : 14 juillet, Coupe du Monde, commémorations, etc. Moi qui suis passionné d’histoire, j’ai aussi trouvé le temps de commenter un documentaire remarquable «1940 la débâcle » sur la chaîne Histoire TV, qui sera diffusé mardi 2 juin à 20h40. 

MEDIA + 

Avez-vous pensé développer votre casquette de producteur ? 

GILLES BOULEAU 

Ça ne m’a jamais traversé l’esprit. J’aime faire mon travail, sans avoir à diriger une société de production.