G. RENOUARD (UniFrance) : «Le retour à la normale devrait prendre une bonne année pour le secteur cinématographique»

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Réouverture des salles de cinéma ce lundi 22 juin en France, après des semaines de fermeture. L’occasion de nous entretenir avec Gilles RENOUARD, Directeur général adjoint d’UniFrance, structure chargée de promouvoir le cinéma français dans le monde, afin d’évoquer les principaux enjeux.

Comment analysez-vous les premiers signes de redémarrage du secteur cinématographique ?

Le redémarrage de l’industrie du cinéma est d’abord ponctué par la reprise des tournages et par la réouverture des salles. C’est le cas actuellement aux Pays-Bas, en Allemagne et aujourd’hui en France. En revanche, le redémarrage complet du secteur aura lieu quand de nouvelles sorties seront programmées, ce qui n’est pas encore le cas partout.

A quand un retour à la normale ?

Le retour à la normale devrait prendre une bonne année, si nous ne sommes pas encore contraints par une deuxième vague épidémique. D’abord, parce que la profession a été complètement désorganisée : salles, distributeurs, producteurs et spectateurs. Ensuite, parce qu’il faut complètement revoir le calendrier des sorties. Les distributeurs ont beaucoup de films sur les étagères. Les longs métrages à l’affiche avant confinement vont devoir reprendre leur exploitation en même temps que les salles devront s’organiser pour accueillir les spectateurs. Enfin, comme les tournages ont été stoppés pendant 4 mois, il devrait y avoir un trou dans l’approvisionnement des films en salles. Il est clair qu’en France, il y aura beaucoup moins de propositions cette année.

Quelle est l’évolution de la circulation des films français à l’international ?

Avec la réouverture des salles, les films français sont bien présents. C’est le cas aujourd’hui dans une quinzaine de pays. D’ailleurs, les films français sont plutôt mieux placés que les longs métrages américains à l’international puisque ces derniers hésitent à s’adresser à un public obligatoirement restreint. Dans certains territoires, les films français, considérés comme des œuvres de niche, trouvent leur audience même projetées dans des salles à capacité réduite. Dans le Top 5 du box-office des films à l’affiche depuis 3 semaines à Hong Kong, il y a par exemple  «Les Misérables» de Ladj Ly.

Quelle ressource avez-vous pour assurer la promotion des films français à l’étranger ?

L’action de promotion ne peut continuer durablement sans qu’il y ait des films en salles. Dans cette période, UniFrance a repris «MyFrenchFilmFestival» version online, ce qui nous a permis de continuer notre action de promotion auprès du public étranger. Et depuis le 26 mai, UniFrance organise une série de tables rondes internationales hebdomadaires pour penser la nouvelle réalité du cinéma dans le monde. L’absence d’exposition des films dans les festivals a aussi montré que ces événements avaient un rôle central dans la promotion, l’exposition et la notoriété des films. Du 1er au 6 juillet, six films français seront projetés à l’extérieur du cinéma de Nanni Moretti à Rome, marquant le redémarrage des festivals physiques.

L’exploitation des films en SVOD, est-ce l’alternative la plus sécurisante ? Les grandes gagnantes du confinement ont été les plateformes. Elles ont été une alternative provisoire pour certains films initialement prévus en salles. C’était le cas de «Troll 2» aux États-Unis qui a rencontré un vif succès. En revanche, cette démarche ne remet pas en cause la chronologie des médias, peut-être juste les délais. Dans l’avenir proche, cela devrait entraîner une collaboration plus serrée entre les salles et les plateformes. Mais le modèle n’est pas complètement chamboulé. Rien ne remplacera la salle.